Xavier Dolan, un des cinéastes le plus précoce de l’Histoire (cinquième film à seulement 25 ans !) revient avec Mommy, un drame où il met en scène une mère courage qui doit élever seule un fils pour le moins incontrôlable…

Tâchons d’aller au delà de l’océan de louanges qui inonde la presse, spécialisée ou non lorsqu’elle évoque le jeune réalisateur,  et vérifions s’il mérite vraiment tous ses compliments…

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Nous sommes le 24 mai 2014 à la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Xavier Dolan est convié sur la scène du Palais des Festivals :

on vient de lui décerner le Prix du Jury à égalité avec Jean-Luc Godard, excusez du peu !

Une consécration pour ce jeune homme brillant, déjà très à son aise sur les plateaux de cinéma.

Depuis un peu plus d’une semaine, son film primé est enfin projeté dans nos cinémas. On va pouvoir se forger un avis sur le dernier né du québécois qui a tant emballé la Croisette.

Commençons par évoquer bien sûr le format d’image carré 1 x 1 qui illustre l’enfermement, la difficulté dans lesquels vivent les protagonistes: Diane « Die » Després (Anne Dorval), une mère veuve doit élever seule son fils Steve (Antoine Olivier Pilon), un adolescent instable et violent, rejeté par l’établissement spécialisé qui l’accueillait pour avoir déclenché un incendie et grièvement blessé un camarade…

Le choix visuel de Dolan isole ses comédiens les uns des autres à l’image (un seul personnage par plan, utilisation du champ/contrechamp) et il nous pousse également à davantage nous focaliser sur les visages des comédiens.

On profite pleinement du talent d’Anne Dorval. Le jeune Antoine-Olivier Pilon est lui aussi très convaincant en adolescent absolument incontrôlable et il nous offre, en prime, un cours d’argot québécois dans plusieurs scènes plutôt savoureuses.

L’arrivée de Kyla la voisine, une professeure de Français en congé sabbatique, apaise la mère et le fils qui entretenaient jusque là des relations pour le moins conflictuelles (on pense au moment où Steve manque de l’étrangler !)…

L’optimisme est de rigueur, Steve reprend ses études grâce aux cours particuliers de Kyla, l’horizon s’élargit (physiquement ! L’adolescent agrandit lui-même l’écran avec ses mains pour lui donner un format 16/9e plus classique dans une séquence magistrale !).

La mise en scène de Dolan impressionne par sa grande maturité. Ce garçon est promis à un grand avenir s’il continue dans cette voie.

Cependant, et n’en déplaise à nombre de nos confrères, il n’y a pas lieu de se pâmer ou de crier au génie ! Pas encore, du moins. Oui, Dolan a du talent, beaucoup de talent c’est indéniable mais il le gâche ! Il le gâche en n’en faisant trop !

Première gageure : la longueur ! Mommy est in-t-er-mi-nable ! 2 h 18 c’est beaucoup trop pour une intrigue simplement centrée autour de 3 personnages. Les états d’âme de Steven finissent par nous gonfler très sérieusement…

Mais ce n’est pas le principal problème du film… En effet, la mise en scène de Dolan est très mature pour son âge, certes… Mais elle n’est  pas pour autant exempte de maladresses qui agacent !

On a l’impression que Dolan veut montrer les muscles, qu’il veut nous prouver sa pleine maîtrise du langage cinématographique avec des séquences mélancoliques qui s’éternisent (la scène de Steve sur son skate au son des Counting Crows, la danse dans la cuisine sur du Céline Dion !!…) mais aussi  avec le jeu sur le format d’image (bluffant au début, franchement superflu par la suite…) ou encore avec des scènes au ralenti, façon temps suspendu, où on l’entend presque nous chuchoter : « vous voyez, hein ? Je maîtrise ! ».

Oui, Xavier tu maîtrises, la presse a plutôt raison de te complimenter mais arrête un peu de te regarder filmer et concentre-toi sur les histoires que tu veux nous raconter, tabernacle !

La note d’Etats-Critiques : 6,5/10

Mommy.

Mommy

Drame. Canada. Réal : Xavier Dolan.  Avec : Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval, Suzanne Clément. 

Une mère veuve doit récupérer son fils, un adolescent violent après qu’il ait blessé gravement un camarade en déclenchant un incendie dans son établissement. Leur quotidien difficile est bientôt bouleversé par l’arrivée de Kyla, une voisine mystérieuse… 

Sorti depuis le 08 octobre 2014. 

image d’illustration : imdb.com / affiche : allocine.fr 

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