Cette semaine, une page se tourne… Treize ans après la Communauté de l’Anneau, Peter Jackson nous embarque une dernière fois pour le monde merveilleux de la Terre du Milieu.

A l’heure du bilan, une chose est sûre : notre voyage n’a pas été de tout repos ! La première étape était tout bonnement catastrophique, la seconde un peu mieux réussie, sans pour autant nous emporter.

Malheureusement, les choses ne s’arrangent pas avec cette dernière escale… Lisez plutôt. 

Hobbit3

 On retrouve donc nos amis, seuls sur la Montagne Solitaire.

Ils assistent impuissants à la destruction de Lac-ville, le village des hommes où la troupe avait trouvé refuge quelques temps plus tôt…

L’attaque du dragon Smaug se déroule de nuit, la silhouette de la bête apparaît dans le ciel noir… Rapidement, le cité est en feu, le bourgmestre fuit en emportant son or… Heureusement, le courageux Barde reste là pour affronter le monstre et on assiste à un joli moment de bravoure entre lui et son fils.

« Ça y est, on y est ! » Se dit-on. Le souffle épique qui manquait tant dans les deux premiers volets est de retour ! On retrouve enfin le Peter Jackson qu’on aime, celui qui avait réussi à sublimer l’oeuvre de Tolkien il y a dix ans !

Hélas, trois fois hélas, ce nouvel espoir s’évanouit bien vite… Ce sont surtout les longueurs qui avaient plombé le premier volet qui font leur retour…

Alors qu’un terrible danger menace, Thorin, le Roi Nain, refuse obstinément d’intervenir malgré les suppliques de ses compagnons. Ainsi, un faux suspense s’installe pendant de longues minutes… Faux suspense parce qu’évidemment, il finira par aller se battre ! Comme dans le premier volet où Bilbo mettait un temps infini à se joindre à l’aventure…

A l’époque, Peter Jackson se complaisait à nous faire visiter la maison du Hobbit, aujourd’hui il se complaît à dépeindre l’obsession de Thorin pour le trésor de ses ancêtres, jusqu’au paroxysme de la folie où le nain finit (métaphoriquement) happé par un océan d’or, façon sable mouvant… Ridicule.

Pire, quand l’heure de l’ultime combat arrive enfin, le réalisateur se contente d’un recyclage proprement scandaleux de sa magistrale bataille du Gouffre de l’Helm dans Les Deux Tours (2002) :

– Même repli dans une cité fortifiée avec femmes et enfants au sous-sol alors qu’elle n’est pas présente dans le roman

– même sacrifice d’un ennemi pour ouvrir une brèche dans la muraille

– même secours salutaire à la dernière minute

– même durée globale (une quarantaine de minutes)…

Sans oublier le personnage d’Alfrid qui rappelle étrangement celui de Langue de Serpent dans ce même épisode…

C’est à se demander si nous aussi, nous n’aurions pas mieux fait de recycler notre première critique… Pourquoi faire des efforts quand Jackson n’en fait aucun, en nous proposant un film paresseux, sans aucune volonté affichée de réinventer son univers ?

Il fait du copié-collé en prenant, en plus, d’importantes libertés avec le conte de Tolkien. Alors, on peut le faire oui, à condition que cela transcende l’oeuvre originale ou, à minima, que cela lui apporte quelque chose de différent, d’intéressant …

Mais ici, que nenni ! Les libertés prises ne font que donner l’impression d’une longue bande-annonce pour Le Seigneur des Anneaux

En effet, Jackson cherche beaucoup trop à faire le lien avec sa première trilogie, comme pour, inconsciemment, essayer de nous faire oublier les turpitudes de la seconde… Ainsi, Gandalf fait face à Sauron aidé des Elfes Galadriel (Cate Blanchett), Elrond (Hugo Weaving) et du Magicien Saroumane (Christopher Lee)…

Seul problème : Le Grand Méchant Sauron n’est pas mentionné dans l’oeuvre originale. C’est d’autant plus gênant que les initiés (dont vous faites parti, assurément!) savent que Tolkien n’envisageait pas encore d’écrire une suite aux aventures de Bilbo après la publication de son conte. Mais le succès du roman et les demandes pressantes de son éditeur l’incitèrent finalement à reprendre la plume…

Mais cela est une autre histoire…

Pour en revenir au film, vous aurez compris que cette conclusion n’est pas à la hauteur. L’embellie de la Désolation de Smaug (2013) n’aura été qu’un feu de paille, et notre réalisateur néo-zélandais préféré retombe dans ses travers en nous servant une pâle copie de son chef d’oeuvre, un plat bien réchauffé, preuve d’un mépris total pour les fans de Tolkien…

Les choses ne vont pas mieux en Terre du Milieu alors, c’est décidé ! Nous aussi, nous allons donner dans le réchauffé finalement en exhumant notre belle note d’il y a deux ans…

 la note d’Etats Critiques : 4/10

Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées (titre original :The Hobbit: The Battle of the Five Armies).

Hobbit3b

Fantastique. Etats-Unis, Nouvelle-Zélande. Réal : Peter Jackson. Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen.

 La dernière étape du voyage de Bilbo et de ses camarades nains.    

Sorti depuis le 10 décembre 2014. 

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