Huit ans après son très beau Persepolis et quatre ans après Poulet aux prunes, Marjane Satrapi revient derrière la caméra avec un film détonnant The Voices dans lequel l’acteur Ryan Reynolds entend des voix qui le poussent au crime… La bande-annonce nous promet un film complètement barré et on a hâte d’en profiter ! Malheureusement, nous allons voir que cette belle promesse n’est pas vraiment tenue… 

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Les choses avaient pourtant si bien commencé ! Ryan Reynolds est succulent en ouvrier solitaire pas tout seul dans sa tête. Il joue excellemment de son regard étrange qui le rend très attachant mais aussi un peu flippant. On sent qu’il peut basculer à tout moment…

Ses échanges avec son chat et son chien sont éminemment savoureux. On y retrouve une variation humoristique de la dualité ange et démon. L’ambiance dans l’entreprise semble tout aussi déjantée, on prépare une fête, on fait la chenille, le tout dans des tenues roses bonbons qui rappellent un peu les premiers films de Burton.

Même après le premier meurtre de la pauvre Fiona (Gemma Aterton, parfaite en beauté inaccessible), on reste dans un univers chatoyant et décalé puisque Jerry continue de discuter le plus naturellement du monde avec la tête de sa victime !

Satrapi manie avec justesse un humour noir trash qui fait penser à des films très sanglants comme Hot Fuzz (2007) mais à qui on pardonne tous les excès grâce à leur second degré salvateur. Les effets spéciaux sont impressionnants et font des animaux des partenaires de jeu à part entière pour Ryan Reynolds.

On rit franchement en se disant qu’on va passer un très bon moment dans cette atmosphère délirante avec hémoglobine à gogo.

On est d’autant plus séduit que la réalisation de Satrapi est à la hauteur. C’est lumineux, bourré de bonnes idées. On retrouve son talent de dessinatrice dans des trouvailles comme la tête dans le frigo mais aussi dans la séquence où Fiona danse au ralenti, cet effet étant utilisé pour traduire évidemment l’état d’esprit de Jerry qui est véritablement envoûté par la jeune femme…

Malheureusement, l’envoûtement ne dure pas pour le spectateur… En effet, Marjane Satrapi décide soudain de changer de braquet. Le basculement a lieu quand Jerry emmène Lisa (Anna Kendrick, très touchante en jeune fille timide) dans ce qui reste de sa maison d’enfance. Flashback : sans trop en dévoiler, on apprend que sa mère souffrait aussi de Schizophrénie… La scène préalable où Jerry reprend son traitement et (re)découvre le vie réelle aurait dû nous alerter…

On bascule alors dans le tragique et on n’a plus vraiment envie de rire. Le film perd du coup tout son intérêt, ce n’est plus qu’un drame glauque  parmi les autres… La réalisatrice cherche trop à justifier la maladie de Jerry, elle n’arrive pas a faire son choix entre le burlesque et le sérieux.

Ce non-choix aboutit à un résultat schizophrène qui est sans doute bien dans le thème du film, mais qui devient surtout son principal défaut. Le malaise fait place au rire et l’ennui succède à l’enthousiasme…

Les tribulations et les gesticulations de Reynolds finissent par nous laisser totalement indifférents. Et ce n’est pas la séquence chantée du générique absolument ridicule (et le mot est faible !) qui rattrape la catastrophe !

On a qu’une envie : que Jerry se fasse attraper et qu’on en finisse ! En attendant, c’est Marjane Satrapi qui nous a bien attrapés effectivement !

La note d’Etats Critiques : 4/10

The Voices.

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Comédie dramatique. Etats-Unis, Allemagne. Réal : Marjane Satrapi. Avec Ryan Reynolds, Gemma Aterton, Anna Kendrick. 

 Jerry mène une vie tranquille dans la petite ville américaine toute aussi tranquille de Milton. Malgré tout, il a la fâcheuse tendance de parler à ses animaux… 

Sorti depuis le 11 mars 2015. 

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