L’acteur britannique Alan Rickman, surtout connu pour son rôle du très antipathique mais complexe professeur Rogue (ou Snape pour les puristes) dans la saga Harry Potter, nous propose depuis une semaine sa vision du règne de Louis XIV. Il y est question de jardinage (un peu…) et d’amour (beaucoup !)… Un parti pris étonnant et plutôt intéressant, à priori… 

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Le mois de septembre prochain marquera le trois-centième anniversaire de la mort du Roi Soleil. Le nouveau film d’Alan Rickman arrive donc à point nommé pour redécouvrir l’univers du Maître de Versailles, qui plus est sous un angle assez peu exploré : l’élaboration des jardins du château.

Matthias Schoenaerts, l’acteur belge révélé par les films Bullhead (2011) ou encore De rouille et d’os (2012), prête ses traits à André Le Nôtre le célèbre jardinier de Louis XIV et campe un homme tourmenté par les exigences toujours plus grandes d’un roi insatisfait et vieillissant (Alan Rickman, très shakespearien).

Il faut donc s’entourer pour déléguer et se soulager quelque peu de cette tâche titanesque qu’est la création des jardins de la nouvelle résidence royale.

Entre alors en scène Madame de Barra (Kate Winslet), jeune femme brillante qui rate pourtant son entretien avec le maître. Evidemment, cela ne dure pas.

Les deux acteurs offrent une belle interprétation tout en retenue comme le voulaient les mœurs de l’époque et comme tout film historique  qui se respecte les costumes sont soignés avec une petite touche de modernité.

Mais la véritable modernité s’incarne dans le personnage de Sabine de Barra, femme indépendante avant l’heure. Elle subvient par elle-même à ses besoins en exerçant le métier qu’elle aime, sans dépendre d’un homme. Kate Winslet saisit très bien l’essence de son personnage et y apporte le ton juste.

Rickman centre son film autour d’elle, les jardins vendus dans le titre français ne sont finalement qu’un joli prétexte pour développer la romance entre André Le Nôtre et Sabine de Barra. Alors même si, les comédiens font bien le boulot, on a quand même vu mieux en matière d’histoire d’amour au cinéma…

D’autant plus que le jeu de séduction est entrecoupé de flashbacks où une roue de carrosse finit par en dire plus sur le passé de Sabine… Malheureusement, tout cela n’est pas vraiment intéressant… Où sont les travaux ? La fièvre créatrice ? La passion ? La galère ?

Il y a bien une scène sous l’orage qui nous tient un peu en haleine mais dont l’enjeu retombe assez vite… Il nous reste quand même quelques jolies séquence où l’ex professeur Rogue nous montre sa maîtrise de l’objet filmique, citons la déambulation de Le Nôtre dans l’atelier de Sabine mais surtout la dernière scène où Rickman utilise un travelling arrière avec effet de révélation absolument magnifique.

Dommage que cette audace ne soit pas davantage présente dans Les Jardins du Roi. A la place on a une romance assez classique et ennuyeuse où une grande figure de son siècle (Le Nôtre) n’est plus qu’un simple objet d’admiration lisse et froid. Quelle injustice pour un tel homme qui peut être un sujet de cinéma en soi !

Pourquoi dès lors créer de toutes pièces cette Sabine de Barra et réduire une thématique aussi riche à une idylle mièvre ?

Signalons tout de même pour terminer qu’il n’y a pas que des mauvaises herbes dans cette oeuvre. Quelques moments savoureux nous permettent de rester assis alors que l’envie d’un départ prématuré ne cesse de nous titiller : l’éloquence de Sabine, son quiproquo improbable avec le roi ou encore le jeune dauphin qui ne contrôle pas ses flatulences…

Le parti pris d’Alan Rickman est finalement plus ennuyeux que véritablement intéressant. Frustrant tant le sujet aurait pu être passionnant…

La note d’Etats Critiques : 6/10

Les Jardins du Roi (titre original : A Little Chaos).

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Romance. Grande-Bretagne. Réal : Alan Rickman. Avec : Kate Winslet, Matthias Schoenaerts, Alan Rickman

En 1682, Sabine de Barra est choisie par André Le Nôtrepour élaborer le Bosquet des Rocailles dans les futurs jardins de Versailles… 

Sorti depuis le 06 mai 2015.

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