Malgré le souvenir douloureux de Premiers crus, nous avons décidé de retenter l’expérience avec un film français…

Aujourd’hui donc, gros plan sur Maryland d’Alice Winocour, un film mettant en lumière le retour d’opération difficile d’un soldat…

Maryland

Les films de genre sont malheureusement devenus une denrée bien trop rare depuis fort longtemps dans le cinéma français.

A fortiori, les films de guerre ont suivi la même destinée, peu d’exemples vraiment marquants en dehors de  La 317e section (1965) de Pierre Schoendoerffer sur la guerre d’Indochine.

En 2006, Indigènes a eu le mérite de mettre en avant les combattants africains de la Seconde Guerre Mondiale, injustement oubliés par l’Histoire mais sans être véritablement un grand film d’un point de vue purement cinématographique…

Citons quand même Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet qui reconstituait en 2004 les tranchées de manière saisissante.

Cependant Maryland n’est pas un film de guerre à proprement parlé mais davantage sur « l’après », la difficulté du retour à la vie civile…

Vincent est de retour de mission sans aucune blessure… physique. Son mal est psychologique, il souffre de ce l’on appelle aujourd’hui : un syndrome de stress post- traumatique qui se traduit par des montées d’angoisses qui lui font perdre le lien avec la réalité…

Matthias Schoenaerts campe ici à merveille un personnage à fleur de peau, sans cesse sur la brèche, qui donne l’impression qu’il va exploser à tout moment… Un type de rôle devenu en quelque sorte une « spécialité » pour l’acteur belge depuis Bullhead (2011) ou encore De rouille et d’os (2012).

On le sent totalement investi, la réalisatrice explique d’ailleurs que « Matthias s’est engagé complètement : durant le tournage, il ne dormait plus que deux heures par nuit et était réellement dans la violence du personnage ; dans un véritable malaise physique. Je sais qu’il est allé très loin vers ses propres démons ». 

Pour traduire cet état de malaise, elle utilise la musique électronique de Gesaffelstein qui envahit souvent l’espace sonore telles des « pulsations » tandis que Vincent lutte en lui-même pour ne pas perdre le contrôle… Cela crée une ambiance qui rappelle beaucoup celle de Drive (2011).  Signalons aussi une séquence en caméra subjective où le choix du flou s’avère particulièrement pertinent.

Le film est centré sur Vincent, on ne perçoit les événements qu’à travers lui, Alice Winocour nous invite à une expérience sensorielle très forte qui va bien au-delà du simple portrait d’un soldat en souffrance.

Devenu agent de sécurité à Maryland la propriété d’un riche homme d’affaires, Vincent est assigné à la protection de sa femme (Diane Kruger) et de leur fils. Mais sous l’orage et l’obscurité de la nuit, l’immense demeure ne semble plus être aussi sûre…

Une menace paraît tapie derrière chaque porte mais peut-être est-ce simplement l’imagination de Vincent ? Toujours est-il que, comme lui, on a les sens en éveil, guettant le moindre bruit, le moindre mouvement dans la pénombre, on se cramponne presque au siège !

Le tour de force de Maryland (au-delà d’un Matthias Schoenaerts parfait bien sûr) est de pouvoir nous faire ressentir véritablement ce que Vincent peut vivre au quotidien sans que l’on « reste un simple spectateur » pour paraphraser un célèbre site de cinéma d’où sont extraits les propos de la réalisatrice cités plus haut.

Certains trouveront peut-être que le reste de la distribution est un peu effacé mais la chose est plutôt normale, étant donné que nous voyons tout par le prisme de Vincent.

Ajoutons enfin la relation qu’il développe avec Jessie (Diane Kruger), parsemée de désir inavoué est très réussie.

Marlyand est une petite perle qui, en plus d’aborder une thématique rare, est passionnante dans sa forme.

 La note d’Etats Critiques : 7,5/10

Maryland.

Maryland2

Drame. France. Réal : Alice Winocour.  Avec  : Matthias Schoenaerts, Diane Kruger, Paul Hamy. 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.

De retour de mission, un militaire décroche un petit boulot d’agent de sécurité à Maryland, l’immense propriété d’un riche homme d’affaires libanais. Au lendemain d’une soirée, il est chargé d’assurer la sécurité de ses proches…  

Sortie depuis le 30 septembre 2015.

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