Deux ans après avoir marqué les esprits avec Prisoners, thriller qui mettait en scène la colère d’un père (Hugh Jackman) après la disparition de sa fille, Denis Villeneuve (le compatriote de Xavier Dolan) revient avec un thriller qui nous bouscule dans nos certitudes… Embarquez pour un voyage qui ne vous laissera pas indemne…

 

La lutte contre le trafic de drogue est une thématique très présente dans le cinéma américain et a donné naissance à des films marquants comme Traffic (2000).

En découvrant Sicario, on pense beaucoup à ce prestigieux aîné. La présence au générique de Benicio Del Toro qui joue aussi dans le film de Soderbergh renforce ce sentiment de filiation entre les deux œuvres.

Del Toro apparaît vraiment à l’aise dans cette atmosphère où la violence plane au dessus des protagonistes à chaque seconde… Son charisme joue à plein.

Mais ici s’arrête la comparaison. Denis Villeneuve se démarque dès les premières minutes de son prédécesseur au travers du rythme : là où Traffic se développe sur la longueur, plongeant le spectateur dans une sorte de torpeur hypnotique fascinante, Villeneuve choisit d’entrer dans le vif du succès immédiatement.

La caméra dévoile une banlieue tranquille en Arizona mais des policiers armés, casqués et tout de noir vêtus entrent dans le cadre créant instantanément une tension.

L’intervention est imminente… Gros plan sur le visage anxieux de Kate (Emily Blunt) a bord du camion du FBI, la maison est prise d’assaut et une terrible découverte va pousser la jeune femme à intégrer l’équipe du mystérieux Matt Graver (Josh Brolin, récemment vu dans l’excellent Everest).

Direction Juarez à la frontière américano-mexicaine où les convois fédéraux semblent sans cesse sous la menace d’une attaque. La tension du début ne nous quitte plus, renforcée par la musique viscérale de Jóhann Jóhannsson dont les violoncelles renforcent la gravité et le sentiment de danger imminent qui nous habite…

C’est particulièrement frappant dans les séquences en travelling aérien lorsqu’on s’approche de Juarez qui devient une Bête mortelle (le morceau de musique s’appelle d’ailleurs The Beast, comme un écho…).

Juarez est l’incarnation de l’Enfer sur Terre où l’on se débat, plus que l’on se bat face à l’emprise tentaculaire des cartels de drogue… On est presque étonné de l’aisance de Matt et d’Alexjandro (Del Toro) dans cet environnement si hostile.

Le réalisateur québécois parvient à insuffler le doute dans nos esprits… Tout comme Kate, on comprend douloureusement qu’on ne peut se fier à personne comme Alejandro l’explique à la jeune femme après un briefing…

Mais le pire est l’impression que la catastrophe est toujours à venir (un peu comme dans Maryland mais de façon bien plus intense…).

Sicario questionne aussi frontalement les moyens mis en oeuvre pour lutter contre une criminalité qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins… Que deviennent les beaux principes de légalité ou de respect des droits face à un adversaire qui semble pouvoir agir en toute impunité ?

Le spectateur est bousculé dans ses certitudes, ses convictions, c’est du cinéma avec un grand C que de parvenir à interpeller comme cela le public… Denis Villeneuve y arrive brillamment et s’impose encore une fois comme l’un des cinéastes les plus marquants du moment !

Et dire, qu’il va nous offrir bientôt la suite de Blade Runner… La vie de cinéphile vaut parfois vraiment le coup d’être vécue !

La note d’Etats Critiques : 8/10

Sicario.

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Thriller, policier. Etats-Unis. Réal : Denis Villeneuve.  Avec  : Emily Blunt, Josh Brolin, Benicio Del Toro. 

Interdit aux moins de 12 ans.

Kate, une jeune agente du FBI rejoint une équipe d’invention spéciale pour mener la lutte contre le trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine aux côtés des mystérieux Matt Graver et Alejandro…   

Sortie depuis le 07 octobre 2015.

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