Après les super-héros et avant d’en retrouver d’autres, attardons-nous sur les héros du quotidien que sont les médecins de campagne. Le réalisateur Thomas Lilti a choisi de nous faire découvrir leur quotidien dans son nouveau film en salle depuis une semaine. Préparez vos cartes  vitales, en route pour la consultation !

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Thomas Lilti vous connaissez… Mais si ! Le gars qui a réalisé Hippocrate (2014), le film dont on a beaucoup parlé l’année dernière, le film suivait un jeune interne (Vincent Lacoste) lors de son premier stage à l’hôpital dans le service de son père. Ça y est, vous y êtes ?

Cette année, fini l’hôpital direction la campagne. Jean-Pierre Werner (François Cluzet) est un médecin généraliste dévoué qui doit se faire remplacer au moment où on lui diagnostique une tumeur non opérable au cerveau. Nathalie Delezia (Marianne Denicourt, déjà aperçue dans Hippocrate) débarque alors pour l’aider mais le praticien ne semble pas décidé à lui laisser la main, sans oublier qu’il ne lui dit rien de son état de santé…

François Cluzet développe un jeu qu’il maîtrise parfaitement : l’homme tourmenté. C’est bien, très bien même, il est très bon. Mais ne serait-il pas possible de lui demander de faire autre chose de temps en temps ?! Cela devient franchement pénible de le voir toujours dans le même registre films après films. Un vrai De Funès triste !

Son hostilité envers sa collègue apparaît très vite artificielle, elle est seulement là pour créer un semblant d’enjeu dans un long-métrage qui tient plus du documentaire que du film de cinéma. Il faut dire que Lilti connaît bien son sujet (c’est un ancien médecin) et dépeint avec grand soin la réalité de l’exercice de la médecine en milieu rural, avec en point d’orgue évidemment, la dénonciation des déserts médicaux…

C’est bien calibré, bien joué (l’alchimie entre Cluzet et Denicourt est excellente) mais où est le cinéma dans tout cela ? Il  y a bien quelques effets de style (plan subjectif sur un badge et une tâche de café…) mais la mise en scène manque vraiment d’un vrai point de vue, d’émotion.

Pourtant Cluzet et Denicourt sont très bons une fois encore, notamment dans leur jeu de séduction inavoué qui nous tient longtemps en haleine. On se dit que ça va chauffer du stéthoscope à mort et en fait, non.

On reste à la surface des choses, Thomas Lilti fait du François Ozon, la maestria de la mise en scène en moins. On a l’impression de voir un reportage amélioré du JT de Jean-Pierre Pernault sur nos campagnes abandonnées par les médecins…

Heureusement, ce film n’est pour autant atteint du syndrome « téléfilm agricole France 3 du samedi soir » inhérent à ce type de production et ce, uniquement grâce à des acteurs de qualité qui nous permettent de rester dans notre siège jusqu’à la fin.

Malgré tout, Médecin De Campagne est un symptôme de plus d’un cinéma français profondément, désespérément obsédé par le réel… Un cinéma sage, bien emballé, drôle un peu, ennuyeux beaucoup…

À croire que les mots « rêve », « imaginaire », « audace », « évasion » ont définitivement disparu du lexique des producteurs…

La note d’Etats Critiques : 6/10

Médecin De Campagne.

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Comédie dramatique. France. Réal : Thomas Lilti. Avec : François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan.

Jean-Pierre Werner exerce à la campagne depuis de nombreuses années. Sa vie est bouleversée quand une tumeur apparaît dans son cerveau. Il doit accepter à contrecœur l’aide d’une consœur…

Sorti depuis le 23 mars 2016.

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