Pas grand-chose de vraiment intéressant à se mettre sous la dent cette semaine, prenons donc le temps de revenir sur la grosse sortie française du moment : Les Visiteurs – La Révolution. Depuis leur retour, Jacquouille et Godefroy de Montmirail essuient une pluie de critiques. 

Sans vouloir tirer sur l’ambulance, il faut bien reconnaître que la plupart des reproches sont justifiés. Regardons dans le détail.

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Dix-huit ans après, revoici nos deux amis moyenâgeux coincés en pleine Révolution Française. On reprend donc précisément là où le précédent volet les avait laissés… Enfin, pas exactement.

Le film s’ouvre en réalité sur une scène de chasse au cours de laquelle nos deux héros traquent un sanglier (hommage à Astérix ?) dans leur époque ! Soit. Mais la Révolution alors ? !

En fait, il s’agit du rêve d’un ancien compagnon du duo qui s’imaginait qu’ils étaient revenus. Jean-Marie Poiré et Christian Clavier (qui a participé à l’écriture du scénario) ont sans doute fait ce choix pour nous remettre dans le bain, cela fait en effet un bail qu’on a quitté ces deux personnages.

Malheureusement, ladite séquence apparaît antinomique par rapport aux événements suggérés dans le titre. On a le sentiment d’assister à une scène inutile qui arrive comme un cheveu sur la soupe.

Lorsqu’enfin on découvre la Révolution, la mayonnaise ne prend pas non plus : le procès de Jacquouille et Montmirail, qui joue à fond la carte des anachronismes, n’est pas drôle du tout. Toutes les blagues tombent à plat, sinistre présage pour la suite. Il faut dire que cela va de paire avec la présence de Thomas Séraphine, ex-membre d’Action Discrète sur Canal+, qui n’est pas vraiment connu pour son humour subtil ni pour un quelconque talent …

L’arrivée de Sylvie Testut en Charlotte Robespierre n’apporte aucun changement notable. Elle fait le boulot correctement mais il ne se passe rien de plus. L’ennui fait lui aussi sa Révolution et ne nous quittera plus jusqu’au générique…

La grosse machine déployée par Poiré tourne à vide, on regarde les nouveaux venus (Ary Abittan, Alex Lutz, Pascal Nzonzi…) débiter leurs répliques en ayant l’air de s’amuser, sans que cela nous amuse.

La faute à une absence totale de complicité entre les comédiens. C’est comme si Clavier nous invitait à une fête costumée avec quelques-uns de ses nouveaux copains de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? (2014), et que chacun cherchait à faire le beau sur le dancefloor ou  à côté du buffet, sans tenir compte de l’autre. Seul le méconnu Nicolas Vaude relève un tant soit peu le niveau dans le rôle de Robespierre. Mais dans un monde d’aveugles les borgnes sont rois…

Le film est bâclé, à l’image du personnage d’Ary Abittan avec sa perruque de travers et sa barbe de trois jours… On s’imagine alors le dialogue suivant entre Poiré et lui :

« Vas-y Ary mets ta perruque, on va tourner.
– J’y arrive pas Jean-Marie, elle est de travers…
– On s’en fout, les gens verront rien… Moteur, action ! »

Le scénario s’enlise dans un huis-clos sans intérêt dans l’hôtel particulier du révolutionnaire Jacquouillet (descendant de la Fripouille évidemment) où l’on croise un Marat râleur, des concierges insupportables, et un comique de répétition sur la puanteur de Godefroy et Jacquouille, vite saoulant et pas vraiment pertinent.  En effet, les deux compères arrivent dans une époque où l’hygiène n’est toujours pas une réelle préoccupation. Il est parfois utile de consulter les livres d’histoire pour écrire un bon scénario, messieurs Poiré et Clavier !

L’effort de reconstitution de l’époque justement est très moyen, tout le budget semble être passé dans les costumes et dans la perruque de Karin Viard surtout, les décors manquent terriblement de cachet, il n’y pas le charme de l’ancien, tout paraît… « trop propre ». Pourtant, ce n’est pas difficile de trouver de bons décors historiques (cf La Reine Margot à Bordeaux).

Du coup, pour s’occuper, on  cherche à retrouver qui se cache sous les fameux costumes, c’est marrant, cinq minutes, parce qu’on est au cinéma, pas au carnaval de Dunkerque !

Jean Reno semble s’ennuyer autant que nous tout au long de cette nouvelle aventure… Il est toujours en retrait, forçant son camarade de jeu à en faire encore plus pour compenser le manque d’énergie d’un Godefroy bien fatigué, pour ne pas dire déprimé. Honnêtement, si vous le regardez bien sur notre photo, vous n’avez pas l’impression qu’il traîne toute la misère du monde sur son dos ? Franchement !

On craindrait presque qu’il se fasse tout d’un coup hara-kiri avec son épée pour fuir cette vie trop injuste qui l’a fait jouer dans ce troisième volet totalement évitable !

Et que dire de la fin exaspérante façon  Papy fait de la Résistance (1983) qui laisse pour notre plus grand malheur la porte ouverte à un quatrième épisode… De grâce, laissons nos deux amis se promener dans les couloirs du temps plutôt que de multiplier les escales catastrophiques !

La note d’États Critiques : 3/10

Les Visiteurs – La Révolution.

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Comédie. France. Réal : Jean-Marie Poiré. Avec : Christian Clavier, Jean Reno, Karin Viard.

Godefroy de Montmirail et son fidèle Jacquouille la Fripouille sont cette fois projetés en pleine Terreur au plus fort de la Révolution Française…

Sorti depuis le 06 avril 2016.

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