À l’occasion du dernier match de poule de la France ce soir contre la Suisse, nous poursuivons notre série « foot et cinéma ». Pour ce deuxième épisode, c’est Jean-Pierre Mocky, le cinéaste le plus iconoclaste du cinéma français, qui entre sur le terrain pour nous livrer sa vision très personnelle du ballon rond. 

Qu’on l’aime ou pas, le réalisateur injustement méprisé par beaucoup, a le mérite d’avoir un véritable sens de la mise en scène et de développer un vrai propos, en particulier dans le film qui nous intéresse aujourd’hui.

En matière de football, on parle beaucoup de stratégie, de tactique, des qualités ou des défauts de tel ou tel joueur, mais on parle assez peu de l’arbitre ou seulement pour le vilipender… La difficulté du métier est rarement abordée, notamment l’agressivité des supporters à leur encontre.

Or, Jean-Pierre Mocky adopte le point de vue de l’homme en noir : Maurice Bruno (Eddy Mitchell, photo) qui rêve d’une carrière internationale dirige un match décisif pour l’accession en Coupe d’Europe des « Jaunes et Noirs », l’équipe locale du soir. Malheureusement pour elle, un penalty brise ses ambitions. Il coûte surtout très cher au jeune Bruno qui s’attire les foudres des supporters vaincus.

Le football  disparaît rapidement. On le sent dès le départ d’ailleurs. Les noms des deux équipes nous sont inconnus. Cela n’a pas d’importance.  Le match en lui-même n’est pas vraiment montré : après quelques plans fugaces dont un, très joli, où les joueurs courent de part et d’autre de la caméra, Mocky se focalise très vite sur les tribunes et les visages colériques des spectateurs.

La thématique du film ne sera pas le football en lui-même mais ce qui gravite autour pour le meilleur et aussi pour le pire : les supporters.

L’un d’entre eux sort du lot : Rico (Michel Serrault).

Véritable leader du groupe de fans de l’équipe  locale, il est bien décidé à en découdre avec l’arbitre et lui faire payer ce satané penalty. Après la rencontre, une traque rocambolesque s’engage entre le pauvre Maurice et les supporters très remontés. Mocky dénonce avec férocité et humour les excès de la passion sportive (la musique guillerette d’Alain Chamfort renforce cette dimension humoristique).

Michel Serrault prouve encore une fois dans ce film qu’il est un « acteur total » dans le sens où il peut tout jouer, en particulier le supporter franchouillard bientôt dépassé par sa propre folie…

Car, oui, cette histoire bascule dans une scène magistrale où le poursuivant devient le poursuivi : Rico se retrouve dans la réserve d’un centre commercial où l’arbitre s’est réfugié avec sa compagne (Carole Laure). Grâce à un excellent jeu d’ombres sur le mur et des champs/contre-champs, la menace est là… Rico saisit une lance à incendie et frappe l’homme à la tête quand la lumière s’éteint.

La mort s’invite dans la traque. La poursuite n’est plus rocambolesque du tout. On ne rit plus. Mocky fait le choix osé de pousser le logique du supporterisme idiot à son maximum, et cela interpelle, fait réfléchir le spectateur…

On ne tombe pas pour autant dans le pathos, le personnage de l’inspecteur Granowski (joué par Mocky lui-même), désintéressé du foot et un peu blasé, apporte du recul à ce grand délire inclassable qui fait penser (toute proportion gardée) à Tarantino ne serait-ce que pour sa dimension « jusqu’au boutiste ».

 Elle est aussi terriblement prémonitoire  deux ans avant le drame du Heysel…

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