Gabriel Leuvielle, futur Max Linder, voit le jour le 16 décembre 1883 à Saint-Loubès en Gironde de parents viticulteurs.

Maison Linder
Maison familiale à Saint-Loubès (doc de J.M. Meurice, 2013).

Plus tard, il y tournera plusieurs films où il se met en scène en famille dans Max en convalescence (1911) notamment.

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Max à la gare de Saint-Loubès (extrait du film Max en convalescence (1911), doc de J.M. Meurice, 2013).

Mais pour l’heure, il se passionne pour la comédie, le théâtre en particulier.  il entre donc au Conservatoire de Bordeaux (devenu aujourd’hui un institut d’optique) où il travaille son art au contact des grandes pièces classiques.

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Plaque commémorative rappelant l’ancienne fonction du bâtiment (photo : Otsoa).

En 1904, il décide de migrer à Paris dans l’espoir de faire son entrée au Conservatoire : c’est un échec.

Dès lors, il doit se contenter de petits rôles dans les pièces de boulevard comme La Grande Famille (1905) ou encore Miquette et sa mère en 1906, une pièce également jouée au Théâtre des Variétés.

Entre temps, il est embauché par le tout jeune studio Pathé, découvre le cinéma burlesque et tourne La première sortie d’un collégien (1905) en utilisant pour la première fois le pseudonyme qui ne le quittera plus : Max Linder.

À propos de l’origine de ce nom de scène, sa fille raconte dans un documentaire de Jean-Michel Meurice en 2013 :  « Ma grand-mère m’a dit : « je n’ai jamais su où il a trouvé ça, on l’avait appelé Gabriel et un jour il parait [à] quatre ou cinq ans, il a dit : je m’appelle Max. (…) ». Quant au nom Linder : un jour, « il est passé devant une maison de chaussures, il a vu Linder, il a dit : ça, ça va avec Max je m’appelle dorénavant Max Linder« .

Il s’essaie ensuite au drame avec Les Contrebandiers (1906) ou encore La Mort d’un Toréador (1907). Mais il excelle réellement et véritablement dans la comédie. Le réalisateur Louis Gasnier l’a bien compris et lui donne le rôle-titre dans son film Les débuts d’un patineur (1907). Le succès est au rendez-vous.

Progressivement, il crée un nouveau type de personnage comique : fini les costumes loufoques et les grimaces exagérées, place aux tenues impeccables (pantalon rayé, gants blancs, chapeau haut de forme…).

Linder en costume
Max Linder en costume  (doc de  J.M. Meurice, 2013).

Voici Max, un jeune dandy soigné (et très porté sur les femmes !) qui se déplace canne à la main, une allure qui inspira beaucoup un certain Charlie Chaplin qui lui reprendra par exemple le gag du personnage qui s’enferme dans une cage aux fauves pour échapper à des policiers.

À partir de 1910, une véritable boulimie de cinéma commence. Linder entraîne son personnage dans de folles aventures pour le plus grand plaisir des spectateurs. Citons pêle-mêle : Les Débuts de Max au cinéma (1910), Max fait le tour du monde (1910), Max Hypnotisé (1910), Max ne se mariera pas (1910), Max fiancé (1911), Max victime du Quinquina (1911), Le Roman de Max (1912), Entente cordiale (1912), Une idylle  à la ferme (1912), Les Vacances de Max (1913), Max fait de la photo (1913), Le Duel de Max (1913), Max Sauveteur (1914), Max au Couvent (1914)…

Le succès est très important mais la Grande Guerre interrompt cette incroyable production. De retour du front, en 1916, il part en cure à Contrexéville pour soigner des problèmes de santé sans doute contractés dans les tranchées (même si on évoque déjà des problèmes et un accident survenu sur un tournage en 1911).

Au  cours de ce même séjour, il rencontre George K. Spoor qui l’enjoint à émigrer aux Etats-Unis, dans l’idée  de concurrencer Chaplin. Sa notoriété a traversé l’Atlantique !  Linder franchit le pas en octobre et tourne Max en Amérique (Max comes across, 1917) ou encore Max veut divorcer (Max wants a divorce, 1917).

Il retrouve Charlie Chaplin qui l’admire beaucoup et l’appelle le Professeur. Ils sont voisins et font souvent des soirées ensemble. Ils semblent s’apprécier même si la concurrence est probablement sous-jacente. Cependant, Chaplin n’en dira jamais rien, reconnaissant seulement l’apport artistique de son ainé.

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Max Linder (à droite) en compagnie de Charlie Chaplin (au centre) lors d’une soirée (doc de J.M. Meurice, 2013).

Bientôt, la santé fragile de Max Linder l’oblige à quitter Chicago pour la Californie. Il tourne Max dans le taxi (Max in a Taxi, 1917) mais sa collaboration avec le studio Essanay (ancien employeur de Chaplin, encore lui) débouche sur un échec commercial.

Max Linder revient en France en juillet 1917 et joue dans le film de Raymond Bernard, Le Petit Café, le film rencontre un grand succès public et critique.

Malgré cela, l’appel du large se fait à nouveau ressentir et Max part à nouveau aux Etats-Unis en 1919 où il réalise Sept de malheur (Seven Year Bad Luck, 1921) avec sa fameuse scène du miroir mais aussi Soyez ma femme (Be my Wife, 1921) et l’Etroit mousquetaire (the three must get there, 1921). Il est d’ailleurs très fier de ce dernier film même si sa réalisation l’a extrêmement fatigué et l’oblige à rentrer à France.

Abel Gance le fait tourner dans son film Au Secours ! (1923) qui met son célèbre personnage aux prises avec une maison hantée. Cette même année, il épouse Nina Peters, une jeune fille de 17 ans qu’il aime passionnément. De leur union nait une petite fille, Maude.

En 1925, Le Roi du cirque qu’il a tourné en Autriche, remporte une fois encore tous les suffrages.  Tout va pour le mieux. Du moins, en apparence. En réalité, Max Linder est assailli pour le doute, il abandonne l’Evasion du chevalier Barkas au début du tournage. Son enthousiasme, son inspiration l’ont quitté.

Il met  fin à ses jours le 31 octobre 1925 dans un hôtel parisien en emmenant avec lui sa jeune épouse dans la mort.

Injustement éclipsé par son « élève » Charlie Chaplin dans notre mémoire collective, Gabriel Leuvielle alias Max Linder est et restera le père du cinéma comique qui le lui rendra bien en lui permettant de devenir l’une des premières stars mondiales de ce nouvel art.

Son travail immense a donné ses premières lettres de noblesse au genre en prouvant qu’il était possible de faire rire le public avec finesse, sans recours systématique au premier degré.

Sa fille Maud Linder a effectué un travail remarquable pour sauvegarder et faire connaître l’œuvre de son père, grâce à des livres, des restaurations de films et la volonté de créer un Institut Max Linder.

Annoncé pour 2014, ce projet qui devait prendre place sur le site des anciens Abattoirs, si l’on en croit un article du journal Sud-Ouest, publié en janvier 2011.

Joint par téléphone, Pierre-Henri Deleau, le délégué général du Festival du Film d’Histoire de Pessac, qui a participé au projet corrige : « Aux Abattoirs c’était autre chose, c’était un projet de cinémathèque régionale, et comme ils ont décidé la construction d’un musée d’art contemporain, le projet a été abandonné au profit du musée (…), qui est à construire d’ailleurs encore« .

Il précise également que le projet devait en réalité prendre place à Pessac sous la forme d’un musée du cinéma baptisé Max Linder qui présenterait une collection  consacrée à l’acteur-réalisateur bien sûr. Une étude de faisabilité a même été financée et réalisée par la Région mais la municipalité n’a finalement pas donné son feu vert.

En conséquence, l’association qui défendait la création du musée devrait prononcer sa dissolution le 8 novembre prochain, triste clap de fin d’une belle idée…

Heureusement, on peut découvrir ou redécouvrir une partie de l’œuvre de Max Linder    dans un coffret DVD publié par les éditions Montparnasse.

Si ce n’est pas déjà fait, les impatients peuvent également retrouver les liens YouTube de plusieurs de ses films dans le corps de l’article.

À lire aussi :

L’excellent article du tout aussi excellent blog Invisible Bordeaux (en anglais).

sources :
  • documentaire
Tout sur mon père Max Linder de Jean-Michel Meurice, Arte, 2013.
  • ressources internet
J.-L. P., Linder (Max), Grande Encyclopédie Larousse, Editions 1971-1976 (lien).
Site internet du collège Max Linder de Saint-Loubès.
Max Linder sur Les Archives du Spectacle.
Théâtre des variétés, rubrique historique.
fiche de l’artiste sur imdb.com.
fiche de l’artiste sur wikipedia.
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