C’est bientôt le week-end, on avait envie de revenir à tête reposée sur la première réalisation du fils de Guy Bedos parce que c’est toujours intéressant de voir les premiers pas d’un cinéaste qui s’est plutôt bien débrouillé d’ailleurs. Lisez plutôt. 

Le chroniqueur-auteur-scénariste-dramaturge-metteur en scène Nicolas Bedos rajoute donc encore une spécialité professionnelle dans la catégorie « parcours professionnel » sur son CV en devenant pour la première fois réalisateur. Ce n’était sans doute qu’une question de temps lorsqu’on gravite comme lui depuis sa plus tendre enfance dans le milieu du spectacle et de la création artistique.

Pour cette première, il choisit de faire la biographie d’un grand écrivain et de sa muse, la jolie Sarah. Un choix assez classique mais qui prend une dimension particulière, puisqu’il le fait avec sa compagne à la ville, Doria Tillier.

Cela donne une variation tout à fait intéressante sur la vie de couple et surtout sur l’évolution des sentiments sur plus de quarante ans. On repense l’idée du biopic en ne se concentrant non pas sur un destin mais sur deux simultanément.

La forme est très soignée. On sent que c’est un premier film et que Bedos veut bien faire. La reconstitution des années  70-80 est vraiment bien réussie mais on retient surtout la qualité du maquillage des personnages pour illustrer leurs vieux jours, on a vraiment l’impression de voir un vieillissement naturel à l’écran !

Le néo-réalisateur crée aussi un décalage tout à fait savoureux à plusieurs reprises entre le récit de Sarah et les images offertes aux spectateurs. On aime aussi les petites trouvailles comme le zoom avant sur le vélo de sa fille, suivi d’un zoom arrière qui révèle une fille plus âgée : la roue de vélo comme métaphore du temps qui passe…

Les dialogues signés Bedos sont très bons, sa complicité avec Doria Tillier crève les yeux et constitue le principal attrait de ce projet. On s’attache à ce couple passionné mais aussi rempli de contradictions.

Le film est aussi une jolie déclaration d’amour à la littérature et vous donnera à coup sûr le goût de la lecture. On assiste au processus d’écriture souvent laborieux et à l’angoisse du délitement de l’inspiration au fil du temps.

Mais ces belles subtilités sont quelques peu gâchées par une dimension très clichée tout de même : l’auteur en rupture avec sa famille bourgeoise de droite, en particulier son père (déjà vu), et une mère alcoolique en prime (déjà vu 1000 fois là aussi) !

Et surtout pourquoi nous faire le coup de l’enfant débile profond ? Sans doute pour se moquer des films dans le style d’Intouchables (2011). Cela aurait pu marcher, mais c’est seulement amusant cinq minutes et ça manque vraiment de finesse…

Le pire étant le blague façon « Salomon vous êtes juif ?! » dans l’ascenseur mais là où le grand Gérard Oury savait trouver le bon dosage, on a droit à tout un délire sur cette thématique, c’est ridicule, long et pas drôle. Heureusement, le dialogue en yiddish avec un invité fiancé qui ne comprend rien pendant le dîner compense bien cette séquence ratée.

On regrette aussi que Bedos ne donne pas davantage son sentiment sur la difficulté d’être écrivain à une époque où « tout le monde écrit mais personne ne lit », comme le dit assez joliment son personnage.

Hormis ces quelques lourdeurs, ce premier film se révèle prometteur, on rit souvent (Pierre Arditi est excellent en anti-Mitterrand friqué même si c’est cliché !), et on est touchés par le final émouvant qui réserve une petite surprise…

La note d’Etats Critiques : 7/10

Monsieur et Madame Adelman. 

© Le Pacte

Comédie dramatique. France. Réal : Nicolas Bedos. Avec : Doria Tillier, Nicolas Bedos, Denis Podalydès.

L’histoire d’amour tumultueuse et passionnée entre un écrivain et sa muse sur plus de quarante ans…

Sorti depuis le 08 mars  2017.

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