Ce soir s’ouvre le 70e festival de Cannes, sans doute l’événement cinéma le plus glamour de la planète.

À cette occasion, nous vous présenterons pendant toute la semaine des films hexagonaux méconnus qui valent le détour et prouvent que nos productions ne se résument pas à des kilomètres de comédies pas drôles ou à du « cinéma social » sans intérêt.

On commence avec Arès, un excellent projet de science-fiction.

Avant toute chose, il faut rendre à César ce qui appartient à César comme le proclame l’expression consacrée. Nous avons découvert ce film grâce au fameux vidéaste Le Fossoyeur de Films qui l’évoque rapidement au détour de l’une de ses vidéos.

Ceci étant dit, revenons-en au film du jour : réalisé par Jean-Patrick Benes (qui était connu jusqu’ici pour avoir mis en scène Vilaine (2007) en duo avec Allan Mauduit), le film se déroule dans un futur proche (en 2035), la France est sinistrée et plombée par ses 15 millions de chômeurs. Seule excentricité de l’époque, la Tour Eiffel et ses écrans publicitaires.

La population tente d’oublier la misère ambiante en s’étourdissant de combats ultra-violents au cours desquels les duellistes s’affrontent, bien aidés par des produits dopants désormais légalisés voire même encouragés (plans sur les piqûres subies par les combattants en plein direct). Chaque grand laboratoire sponsorise et utilise un combattant pour tester ses produits avant de les commercialiser.

Reda (alias Arès) est l’un d’eux.

Mais il n’est plus que l’ombre de lui-même depuis une attaque cérébale survenue dix ans plus tôt. Depuis il évolue dans les limbes du classement et effectue de temps à autre des missions au sein de la brigade anti-émeutes pour survivre. Son coach (Thierry Hancisse, de la Comédie Française) lui propose alors de tester une nouvelle drogue censée rendre son utilisateur invincible.

Mais il refuse, fini les combats, il veut se ranger et envisage même d’acheter un petit kiosque à journaux en déshérence, comme on le découvre lors d’une petit scène moins anodine qu’il n’y paraît.

Tout change au moment où sa sœur, une activiste notoire (bientôt considérée comme terroriste) est arrêtée et emprisonnée. Pas le choix. Il doit payer pour la faire libérer. Brusquement, l’argent du laboratoire Donevia, fabriquant le DSX, le fameux produit miracle, devient indispensable. Il faut retourner combattre…

C’est l’acteur suédois Ola Rapace qui prête ses traits au personnage et il n’est en cela pas vraiment dépaysé pour avoir déjà évoluée au cœur d’un futur apocalyptique dans Section Zéro, l’éphémère série d’Olivier Marchal produite par Canal+ l’année dernière.

Son personnage froid et taciturne cache en fait une profonde humanité : il est prêt à tout pour protéger les siens même malgré eux (sa nièce le déteste et le considère comme un rouage du système).

On n’est pas dans le cliché du mec bodybuildé sans  cervelle. Les personnages secondaires sont également bien caractérisés, le travesti Myosotis (Micha Lescot) en particulier, est lui aussi loin de la caricature et n’hésitant pas à s’affirmer face au héros.

Thierry Hancisse est également parfait en manager véreux. Il est d’ailleurs appréciable qu’une vénérable maison comme  la Comédie Française laisse ses membres participer à des projets différents.

Mais ce qui frappe vraiment dans ce film c’est l’ambiance lumineuse absolument unique, caractérisée par beaucoup d’éclairages froids pour signifier la dureté de la société, opposés aux lumières chaudes des scènes de combats qui évoquent davantage les passions humaines dans leurs dimensions violentes.

Le réalisateur pallie intelligemment le manque de moyens en privilégiant les scènes d’intérieur, encadrées par des plans d’ensembles sur les tours menaçantes qui abritent les bureaux des nouveaux maîtres de la société. Les seules traces de modernité sont distillées par petites touches publicitaires lumineuses ici ou là.

C’est suffisant pour créer une atmosphère futuriste et prouve qu’on n’a pas forcément besoin du budget de James Cameron pour faire de la bonne science fiction. Jean-Patrick Benes s’inscrit en cela dans la lignée de Bienvenue à Gattaca (1997), le rêve spatial en moins…

Le rêve tout court en moins d’ailleurs. Le Paris de 2035 n’a rien d’attirant et les désirs de révolution n’agitent qu’une minorité : « la grande majorité, ils n’espèrent rien, ils veulent juste survivre » comme nous l’explique Reda pour planter le décor au début du film.

Arès explore une thématique assez classique qui hante nos sociétés actuelles : la peur que de grands groupes à la puissance financière tellement énorme finissent par prendre la main sur les États. Benes pousse la logique à fond sous l’angle de la déchéance et de la violence. Une fable puissante, malheureusement passée inaperçue à sa sortie.

Heureusement, les DVD ou la fée « vidéo à la demande » peut permettre de réparer cette injustice. Il ne faut pas s’en priver !

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