Cela fait 40 ans jour pour jour que l’une des plus grandes icônes de la chanson française nous quittait après une douche fatale…

L’occasion d’évoquer l’excellent film de Florent Siri, probablement le meilleur long-métrage biographique jamais réalisé par notre beau cinéma hexagonal. Pourquoi ? Eh bien en premier lieu tout simplement parce qu’il n’élude rien de la personnalité de Claude François, en particulier ses mauvais côtés.

On découvre un homme infect avec ses collaborateurs n’hésitant pas à les virer au moindre faux pas. Il est également maladivement jaloux avec les femmes de sa vie, rejetant ainsi sans ménagement la jeune France Gall (Joséphine Japy) après sa victoire à l’Eurovision : « Tu as gagné, c’est bien, mais tu m’as perdu ! »

L’icône tant aimée par les jeunes filles qui le suivaient jusque devant chez lui (c’est très bien montré dans le film) est très écornée et c’est très fort pour quelqu’un qui aurait pu paraître intouchable tant il a marqué son époque et influence encore beaucoup de gens.

Mais tous ces « mauvais côtés » peuvent avoir des causes comme le montre le réalisateur Florent Siri.

Tout commence avec l’indépendance de l’Égypte et surtout la nationalisation du canal de Suez qui pousse la famille François à quitter le pays des Pharaons dans la douleur.

Son père qui travaillait à la gestion du canal ne se remet pas de ce départ forcé pour la France et se referme sur lui-même (l’interprétation de Marc Barbé est magnifique). Quand son fils lui fait part de son désir de devenir artiste, c’est la rupture : « je ne veux pas d’un fils saltimbanque ! » dira son père.

Événement tragique dans une relation père-fils, sans doute élément fondateur du désir de Claude François d’être absolument « la plus grande star française », volonté plus ou moins consciente de prouver sa légitimité à son père.

Les débuts sont compliqués mais il n’hésite pas à s’adapter aux goûts du moment, bien lui en prend c’est l’ascension fulgurante.

Malgré tout le succès du monde, Claude François est en proie au doute et aux angoisses, bien loin de l’homme sûr de lui et à la tenue toujours impeccable qu’il présente en public. Jérémie Rénier développe magnifiquement toutes les facettes du personnage. Son mimétisme est incroyable, on oublie l’acteur, le chanteur renaît ! C’est sans conteste son meilleur rôle jusqu’à présent !

Incroyable qu’un comédien aussi talentueux ne soit pas davantage présent sur les plateaux de cinéma ! Qu’à cela ne tienne, un film réalisé avec son frère Yannick arrive bientôt…

Le reste du casting est aussi au diapason, mention spéciale à Monica Scatini qui incarne excellemment la mère du chanteur permettant là aussi le développement d’une relation pas toujours facile entre les deux (à cause de la passion maternelle pour le jeu…).

Benoit Magimel est également très bon en imprésario mentor, sa prestation est d’autant plus remarquable que son maquillage raté ne l’aide pas…

Florent Siri chapeaute tout cela avec une mise en scène soignée qui rend les « années Cloclo » véritablement palpables et concrètes, on croise Gilbert Bécaud et on aperçoit même le grand Frank Sinatra (joué par Robert Knepper, la star de Prison Break, oui oui !).

Les plans séquences discrets nous donnent aussi un sentiment de proximité avec la star. La maîtrise technique du cinéaste culmine avec la séquence onirique parfaite qui voit Cloclo se réconcilier avec son père disparu, au moment où son idole Sinatra adapte Comme d’Habitude qui devient My Way de l’autre côté de l’Atlantique.

Au final, le film dessine un portrait de la star dans toute sa complexité sans oublier ses proches ou les moments difficiles rencontrés (gros problèmes financiers dans les dernières années notamment).

Ainsi, malgré tous ses défauts, il parvient à nous faire apprécier (un peu !) le personnage en prenant le temps de développer son histoire et ses motivations.

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