Dimanche 19 octobre 2018 – 19 h 30.

Retour à ma place fétiche dans la magnifique salle de la coupole du CGR Le Français pour assister à la cérémonie de clôture de la 7ème édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux.

Toujours menée par la comédienne Rachel Khan, elle est marquée par le discours d’adieu de Léo Soesanto  qui a choisi de quitter son poste de programmateur  d’un festival qu’il a vu naître et grandir depuis son lancement en 2012.

Les discours s’enchaînent et l’on commence la distribution des récompenses avec la remise du prix Nouvelle-Aquitaine Film Workout qui, je le rappelle, met à l’honneur des courts et moyens métrages en cours de tournage ou en début de post-production.

Et là, surprise : il n’y a pas un, pas deux, pas trois mais 10 lauréats retenus parmi les 25 projets qui concouraient cette année, comme l’indique Virgil Vernier, membre du jury de la catégorie ! Vincent Feltesse, présent à la cérémonie pour représenter la Région, précise que chaque lauréat se voit remettre la somme de 15 000 €.

Les projets vainqueurs sont donc les suivants :

  • America  de Giacomo Abbruzzese
    Producteurs : Maje Production ; La Luna Productions
  • Astana, ville du futur ?  de Laurier Fourniau
    Producteur : Marabout Films
  • Forêt noire  de Jean-Marc E. Roy et Philippe David Gagné
    Producteur : Capricci Films
  • Les Immortelles  de Caroline Deruas
    Producteur : Les Films de la Capitaine
  • Marave Challenge  de Simon Rieth
    Producteur : SMAC Production
  • Pavot  de Baer Xiao
    Producteur : Nouvelle Toile Productions
  • Pohja Konn  de Nicolas Boone
    Producteur : Noodles Production
  • Quietus  de Zalfa Seurat
    Producteur : Local Films
  • Rajaa : ça veut dire espérance  de Marielle Duclos
    Producteur : La Chambre aux Fresques
  • Un solo amore  de Yoann Demoz et Fabien Fischer
    Producteur : l’atelier documentaire.

On enchaîne avec le prix Erasmus+ attribué par un jury… d’étudiants Erasmus bien sûr. Il est attribué au film russe L’Homme qui a surpris tout le monde (Chevolek, Kotoryy Udivil, Vsekh) de Natasha Merkulova et Aleksey Chupov.

Auparavant, ce même jury avait décidé d’attribuer une mention spéciale à Rojo de Benjamin Naishtat pour récompenser le « vrai désir de cinéma [du film], sa cohérence et modernité artistique, narrative… » mais également « la finesse de sa réflexion politique sur l’Argentine des années 70 »… Juste non !

Multiplier les longueurs sans justification, ce n’est pas exprimer un désir de cinéma mais un dégoût. La lenteur en soi n’est pas un problème, si elle permet d’enrichir le film en développant le vécu des personnages par exemple (cf Il était une fois la révolution (1971) de Sergio Leone), pour Rojo, ce n’est pas le cas.

Quant « à la finesse de sa réflexion politique »… on a plutôt affaire à la lâcheté d’un homme qui n’assume pas un acte terrible.

J’ajouterai également qu’opter pour un récit « roue libre » ne signifie pas non plus faire preuve de « cohérence » et de « modernité narrative »

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source : allocine.fr.

Dois-je rappeler que des gens s’endormaient dans la salle ?!  Bref… Poursuivons.

Ensuite Bruno Sanches (connu aujourd’hui pour son duo Catherine et Lilliane avec Alex Lutz sur Canal+), annonce que le film Côté Cœur d’Héloïse Pelloquet remporte le prix du meilleur court-métrage mais également qu’Aliasare d’Anton Bialas se voit décerner une mention spéciale… Décidément, c’est la soirée des mentions spéciales !

Toujours dans la « catégorie courts-métrages » le prix Contrebandes (récompensant les films produits hors des circuits traditionnels) est attribué à égalité à Roman National de Grégoire Beil et Flesh Memory de Jacky Goldberg.

Ce dernier, journaliste aux Inrockuptibles, a longtemps officié dans l’excellente émission Le Cercle sur Canal+ Cinéma.

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Jacky Golberg (photo : Benjamin Guénault, fifib.com).

Ces mentions spéciales et cette égalité me laissent penser que les jurys ont eu du mal à se décider cette année. Les débats ont dû être animés.

On arrive enfin aux derniers prix de la cérémonie interminable (sans doute un hommage à Rojo encore…) :

Le prix du meilleur long-métrage français est attribué à Sophia Antipolis de Virgil Vernier.

Le prix du long-métrage international est attribué à Meurs, Monstre, Meurs (Muere, Monstruo, Muere) d’Alejandro Fadel.

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Meurs, Monstre, Meurs (source : fifib.com).

Et on termine avec le grand prix décerné au documentaire Game Girl d’Alina Skrzeszewska.

Je reparlerai de ce film et du court-métrage Côté Cœur dans le prochain article.

Après la photo de famille sur scène, place enfin au nouveau film d’Olivier Assayas, le réalisateur et parrain historique du FIFIB. Il nous adresse un petit mot depuis Londres en prélude à la projection.

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source : allocine.fr.

Léonard (Vincent Macaigne), un écrivain déconnecté (dans les deux sens du terme) publie ses romans depuis de nombreuses années dans une prestigieuse maison d’édition parisienne dirigée par Alain (Guillaume Canet), son ami quadragénaire. Seul problème : son dernier manuscrit ne l’emballe pas. Il trouve que Léonard écrit toujours la même chose et aimerait qu’il lui propose un texte plus dans l’air du temps… L’éditeur pense aussi à l’avenir face au numérique.

De l’autre côté, sa femme, Séléna, une actrice célèbre (Juliette Binoche) s’ennuie à tourner dans une très populaire série télé qu’elle déteste.

Ce point de départ est le prétexte à une série de débats entre les personnages sur l’évolution de la société traduisant les inquiétudes du réalisateur face au monde dématérialisé qui s’amorce…

Ajoutez à cela, une dénonciation de la montée en puissance des séries face au cinéma (avec le personnage de Séléna), sans oublier d’évoquer la politique (avec le personnage de Valérie, la compagne de Léonard, jouée par Nora Hamzawi) et on a la totale niveau « angoisses du moment » !

Ce film fait donc une « revue d’effectif » vite ennuyeuse parce qu’Olivier Assayas ne sait pas lui-même quoi faire de tout cela, oscillant sans cesse entre humour et sérieux…

Guillaume Canet semble se demander dans chacune de ses scènes pourquoi il a accepté de faire ce film : son jeu a rarement été aussi lisse et fade… Vincent Macaigne fait du Vincent Macaigne en donnant l’impression d’être tel qu’il doit être dans la vraie vie c’est-à-dire :  mou et lunaire…

Seule Nora Hamzawi semble un (peu) concernée et arrive à faire passer un tantinet d’émotion.

En conclusion, l’incursion d’Assayas dans la comédie n’est pas franchement une réussite et ne fera pas oublier la belle découverte projetée au début du festival.

Sortie prévue le 16 janvier 2019.

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