En raison de la forte actualité du FIFIB sur votre blog préféré ces derniers jours, nous publions la dernière partie de notre entretien avec Burdigala Production avec un peu de retard.

Dans ce dernier épisode, nous évoquons la vocation de comédien d’Olivier Bureau et l’on extrapole autour de la question du rachat de la Fox par Disney

Bureau-Baldy

Sur un plan plus personnel Olivier, la comédie c’est oublié ?

OB – Non pas du tout ! C’est mon rêve premier de jouer.

D’ailleurs pour revenir sur des films tournés en région qui ne jouent pas le jeu : là c’est tout le contraire, le film  En guerre de Stéphane Brizé, sélectionné à Cannes, a été tourné dans la région d’Agen et là, ils ont recruté tous leurs comédiens sur place, parce qu’en fait ils voulaient des « non comédiens » !

Ils voulaient des vrais ouvriers, des vrais délégués syndicaux… Du coup, je me suis fait passer pour un mec qui avait jamais joué et qui était O.S. [ouvrier spécialisé] à Blanquefort, j’ai mitonné tout ça, parce que je voulais absolument être sur le truc.

J’ai été pris 4 jours en tant que rôle sur le film sauf que j’ai été complètement coupé au montage au final… J’ai découvert le film à Cannes, à la projection avec l’équipe du film, j’étais excité et en fait… J’ai été coupé !

J’étais un peu frustré, je me retrouve figurant parce qu’il a changé l’histoire du film en fait :  Dans l’histoire, je faisais partie d’une autre usine, du même groupe, qui venait se joindre à leur lutte, j’étais un des délégués syndicaux qui décidait de se joindre à leur lutte.

Le réalisateur a finalement décidé de faire un film vraiment « seul contre tous ».

Du coup, toutes les scènes que j’ai pu avoir n’existent plus dans la logique de la nouvelle histoire, ça a été très frustrant mais après c’était cool, j’ai pu faire la soirée cocktail qui a suivi la projection.

En-guerre
Vincent Lindon dans En GuerreNord Ouest Films).

Jouer est ma première passion, l’objectif premier de créer ma boîte pour me faire travailler moi-même est toujours présent, j’aimerais jouer soit dans La Dame de la Sauve, soit dans Ecco si c’est possible.

Régulièrement, je passe des castings dans la région, pour tourner, parce que c’est là où je m’éclate vraiment, c’est dans le jeu ! J’ai postulé sur les théâtres privés de Bordeaux type Le Trianon, le Victoire etc…

C’est mon objectif absolu ! C’est quand même plus facile que de produire, c’est beaucoup moins engageant : t’es payé, tu ne vas pas chercher les sous, c’est pas ton problème ! Mais ce n’est pas le jeu qui me fait vivre donc faut vendre nos films.

Pour finir sur un sujet d’actualité plus vaste, que pensez-vous du rachat de la Fox par Disney ?

GB  – Ce dont j’ai peur c’est l’uniformisation des choses…

OB – Voilà, mais c’est déjà en place. Au-delà de cela, c’est surtout Netflix qui va se prendre une grosse claque quand Disney va monter sa propre plateforme. Ça va être un raz-de-marée ! Parce qu’ils ont les films Disney, ils ont les films Fox, Avatar etc…

avatar
AvatarTwentieth Century Fox France).

À choisir, je vais plus aller vers le catalogue Disney que vers le catalogue Netflix, clairement ! En plus, en France, il y a la chronologie des médias : c’est pour ça que sur Netflix, on a que des films qui ont 3 ans, tant mieux ! C’est ce qui fait que le cinéma français fonctionne et est financé.

C’est grâce à cela que l’on peut avoir des coproductions « TF1-Canal+ » sur un film parce que finalement, les deux chaînes ne sont pas sur les mêmes créneaux de diffusion.

GB – Ce qui est énervant, c’est que derrière Disney, derrière Netflix, c’est toujours les mêmes personnes ! On va payer 10 € un abonnement chez Netflix, 10 € chez Disney, 10 € chez Amazon

OB – Moi j’ai envie de croire en la plateforme française qu’ils vont monter, le rassemblement TF1-France Télévision-M6.

Alors oui, beaucoup de gens vont dire : « j’ai pas envie de voir Joséphine, Ange Gardien ! », alors là, on est d’accord ! Sauf que cela fait 8 millions de téléspectateurs à chaque fois que cela passe, ça veut dire que toutes ces séries qui cartonnent, ont de bonnes raisons de marcher sur la plateforme.

Pour le public comme moi, qui n’aime pas ces séries-là, le cinéma sera intéressant. En effet, il ne faut pas oublier que le cinéma français (et européen en grande partie) est coproduit par les chaînes françaises !

Du coup, TF1 va mettre ses films sur la plateforme : on y retrouvera les comédies de Dany Boon alors qu’on ne les auras pas sur Netflix, parce que TF1 est coproducteur.

C’est là que ça va devenir intéressant car ils auront un bouquet.

Tous les films sélectionnés à Cannes par exemple, sont coproduits par les chaînes françaises. Pour la plupart.

À mon avis, c’est là où cette plateforme va être intéressante car elle aura un catalogue cinéma puissant et pour beaucoup inédit : il faut savoir que France Télévision (qui produit une trentaine de longs-métrages par an si je ne m’abuse), a plus de 250 films jamais diffusés en télé, car n’ayant pas marché en salles.

Ils ne vont pas les diffuser un dimanche soir et préférer acheter Harry Potter et le diffuser parce qu’il y aura du monde à regarder.

Les autres films pourront être mis sur leur plateforme. Cela va être intéressant pour ceux qui aiment le cinéma d’auteur, qui ont envie de voir ces films jamais diffusés ou projetés dans peu de salles.

GB – et maintenant il y a 30 % de créations qui doivent être européennes pour Netflix, Amazon

OB – Oui, c’est la loi des quotas qui existe déjà depuis des années. C’est pour ça que Netflix a produit Marseille quand ils sont arrivés, qu’ils achètent aussi beaucoup de vieux films français pour respecter ces quotas.

Marseille
source : allocine.fr.

C’est une très bonne règle qui d’ailleurs est en train d’être étudiée pour être européenne.

Pour l’instant, elle est seulement en France, tous les diffuseurs doivent diffuser 30 % de films européens, 30 % de films français et le reste, pour le reste du monde, mais c’est beaucoup de films américains, donc il reste peu de cases….

C’est pour ça qu’en France on va trouver des films espagnols, italiens, allemands parce que les chaînes télé, les plateformes ont l’obligation d’en passer. Sauf que l’inverse n’est pas vraie, les chaînes allemandes n’ont pas cette obligation.

Mais les italiens, les allemands ont bien vu que c’est cela qui avait sauvé le cinéma français, donc il faut qu’ils fassent une hégémonie européenne qui permettra de vendre encore plus de cinéma français, forcément, mais cela leur permettra aussi de produire plus de films, puisqu’ils pourront dire à Netflix : « Vous êtes obligés de produire une série allemande, c’est la loi ».

nextflix
source : fortune.com.

C’est pour cela qu’ils sont arrivés très tard en France, ils ne voulaient pas se plier à cette règle mais ils ont été obligés. HBO n’est pas en France  car ils n’ont pas envie de se plier à la règle, du coup, ils ne viennent pas. Mais dans ce cas-là, ok.

HBO vient autrement, via Orange, via Canal

Et tant mieux pour Orange ! Orange n’a surtout pas envie qu’HBO arrive parce qu’ils ont le catalogue qui leur apporte beaucoup d’abonnés.

Les studios, c’est pareil, beaucoup ont des deals avec des chaînes françaises qu’ils n’ont pas envie de casser pour aller chez Netflix, leur concurrent principal sur leur sol national.

Merci à Olivier Bureau et Guillaume Baldy pour leur gentillesse et leur disponibilité. 

Merci également à Paul Lalange pour son important travail de relecture, ses suggestions et son soutien. 

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