Le cinéma, c’est aussi du documentaire. Et c’est d’autant plus intéressant quand, ledit documentaire, aborde l’oeuvre d’un grand cinéaste.

Ainsi, Alain Bergala (ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, professeur, et grand spécialiste de Jean-Luc Godard notamment) est venu présenter son documentaire intitulé Kiyoshi Kurosawa, au dos des images, un portrait du cinéaste japonais, co-réalisé avec Jean-Pierre Limousin (lui-même réalisateur de documentaires) entre Paris et Tokyo.

Ce projet concourait dans la catégorie Histoire du cinéma bien sûr, à l’occasion de cette 29e édition du Festival.

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Il s’inscrit dans la série cinéma de notre temps et propose une plongée fascinante dans le travail d’un réalisateur aussi prolifique (3 films tournés par an !), que touche-à- tout (il aime tous les genres de Cinéma).

On découvre ses premiers films militants méconnus et même ses deux romans pornos réalisés pour la Nikkatsu (un des plus gros studios du pays). Alain Bergala raconte :

« On a réussi à trouver au Japon des collectionneurs qui les avaient, qui nous les ont donné, on les a mis, sans lui demander l’autorisation, parce que sinon il  aurait dit : « non c’est des vieilleries » et en fait, c’est hyper bon (…). Du coup, c’est la première fois que des spectateurs voient ces plans là ». 

Le documentaire interroge Kurosawa sur ses obsessions (les fantômes, les cheveux…) qui ne sait d’ailleurs pas toujours lui-même pourquoi il les a, ces obsessions.

En revanche, il est certain qu’il a renouvelé la « représentation » des fantômes dans son cinéma.

Il est aussi amené à réfléchir sur son oeuvre au travers d’un jeu de cartes à retourner qui représente des plans de ses films, au hasard. Une séquence juste géniale ! Alain Bergala raconte à ce propos :

« C’était un vrai jeu. Il ne savait pas ce qu’il y avait. On lui mettait les photos, il les retournait, il cherchait à comprendre de quoi ça parlait. C’est assez beau sur les trucs un peu érotiques où il dit : « ah je les garde pour montrer à mes amis que je peux faire des films comme ça ! ». 

Plus généralement, Alain Bergala confie que le tournage du documentaire en lui-même « a été une vraie galère. Kiyoshi (…) ne s’arrête jamais. Il est toujours en montage ou en tournage. Il nous avait dit : « oui, venez tourner à Tokyo » mais jamais on avait suffisamment de temps. Ça coûte cher de vivre à Tokyo pour une petite équipe sur une production pas très riche.

On n’y croyait plus (on a attendu 2 ans).

En juillet [2017], il nous écrit : « je vous ai gardé une semaine pleine, fin juillet ». Donc il a fallu speeder pour avoir l’argent (…), on est partis (…) [et] on a eu une chance inouïe : on a pris sa chef op’ [chef opératrice] (…) et son ingénieur du son.

Du coup, c’est lui, filmé par son équipe, si on peut dire ! ». 

Tous ces efforts sont récompensés en accouchant d’un document exceptionnel, au plus près du travail d’un cinéaste inclassable.

Cerise sur le gâteau : la séquence finale qui mêle, images réelles de Tokyo et scènes de son film Kairo, conclut magnifiquement ce voyage dans l’univers de Kurosawa en nous donnant sérieusement envie de connaître davantage sa filmographie.

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