Atlantique, le premier long métrage de l’actrice, scénariste et réalisatrice Mati Diop est enfin en salles !

On attendait impatiemment ce film soutenu par la Région Nouvelle-Aquitaine et récompensé par le Grand Prix au dernier Festival de Cannes.

Ce premier film nous plonge au cœur du chantier d’une gigantesque tour à Dakar.

Les ouvriers sont en colère car ils ne sont toujours pas payés après 4 mois de travail… Souleiman (Ibrahima Traore) a des envies d’ailleurs : Mati Diop le suggère très bien en ajoutant le bruit des vagues et en faisant des cuts sur l’océan lorsqu’elle filme son personnage. Le son de de la mer est d’ailleurs très présent, l’immensité bleue obsède les personnages…

Mais revenons à Souleiman : on sent qu’il va partir mais c’est difficile…

Il ne veut pas quitter Ada (Mama Sané, photo), la femme qu’il aime.

Mais finalement, lui et ses collègues décident de tenter de rallier l’Espagne dans l’espoir d’une vie meilleure pour eux et leurs compagnes restées au pays.

Et là, on s’attend à ce que le film bascule dans le documentaire pour nous montre l’enfer de la traversée vécue par ses hommes.

Il n’en est rien. On reste avec leurs femmes, on apprend comme elles le départ surprise des hommes, sans le voir, sans les voir.

Comme elles, on attend de leurs nouvelles, comme elles, on craint le pire… et malheureusement, celui-ci arrive…

Bientôt, à la douleur de la perte éprouvée par ces jeunes femmes, s’ajoutent d’étranges symptômes fiévreux… On comprend que les esprits de leurs compagnons reviennent dans leurs corps pour réclamer leur dû…

Cette dimension fantastique qui surgit permet à la cinéaste de véritablement transcender son sujet et de lui donner plus de force, bien plus que si elle s’était contentée d’un simple constat tragique.

Elle explique d’ailleurs très bien sa démarche : « Pour moi, faire un film n’est pas simplement raconter une histoire. C’est avant tout trouver une forme à une histoire ».

En effet, sa mise en scène subtile (les actrices portent de simples lentilles blanches lorsqu’elles sont « possédées »), les jeux de lumières (notamment dans la boîte de nuit) et la musique planante permettent à son film de ne pas tomber dans le morbide et de donner une dimension poétique très belle au récit.

Cette dimension est renforcée par l’histoire d’amour brisée mais extrêmement forte entre Ada et Souleimane.

Les comédiennes et comédiens contribuent enfin à faire de ce premier long métrage une véritable petite perle grâce à la grande justesse de leur interprétation.

Ils sont pour la plupart amateurs mais évoluent dans la même réalité que leurs personnages. La réalisatrice raconte le casting : « Il s’agissait de trouver les acteurs dans l’environnement social des personnages du film. Par exemple, c’est sur un chantier que je suis allée chercher Souleiman.

Et c’est derrière le bar d’une boîte de nuit de Saly que j’ai trouvé Dior. Je choisis des personnes qui, sans le savoir, sont déjà les personnages et surtout qui connaissent ces personnages mieux que moi ». 

Un choix judicieux qui fonctionne extrêmement bien.

Petit bémol cependant, cette petite perle aurait mérité d’être un peu polie, c’est-à-dire raccourcie de 15 minutes pour éviter quelques longueurs et l’impression un peu gênante que le récit tourne un peu en rond par moments.

La note d’Etats Critiques : 9/10

source : allocine.fr (lien).