Cette année, Alejandro Jodorowsky le cinéaste franco-chillien est l’invité d’honneur du FIFIB !

L’occasion de revenir sur sa filmographie pour le moins déroutante mais éminemment intéressante. Car, oui, sa carrière ne se résume pas à son projet d’adaptation avorté de Dune, le classique de science-fiction signé Frank Herbert.

On va parler aujourd’hui de son second film El Topo (1970) qui lui valu une renommée mondiale. Il était projeté hier après-midi à l’Utopia.

Attention ! Dans un souci d’analyse, je suis contraint de dévoiler certains éléments de l’intrigue.

Ce second long métrage lança la mode (notamment aux Etats-Unis) des midnight movies : ces films étranges, souvent très violents et/ou très connotés sexuellement, que l’on regarde une fois que les enfants sont couchés lors de séances de minuit, évidemment.

Le film s’ouvre sur un cow-boy à cheval, tout de noir vêtu (Alejandro Jodorowsky, lui-même) : il s’avance vers nous en escaladant des dunes de sable, son jeune fils (joué par Brontis Jodorowsky, son véritable enfant, alors âgé de 8 ans) cramponné à lui.

Les codes du western sont là (cow-boy, grands espaces) mais avec déjà une petite entorse car le cow-boy n’est pas solitaire et en plus, il a un enfant sur les bras !

Père et fils arrivent bientôt dans un village où il n’y a plus âme qui vive… Les habitants et leurs animaux ont tous été massacrés… Les flaques d’eau sont devenues des flaques de sang, les viscères des bêtes sont à l’air…

Cette horreur est l’oeuvre d’un mystérieux colonel qui a réduit à l’esclavage une jeune femme. El Topo, qui est aussi un as de la gâchette, humilie bientôt l’odieux colonel en le privant de ses « attributs masculins » et recueille la jeune femme qu’il tyrannisait.

Son cas réglé rapidement permet au film de basculer dans la quête métaphysique.

Les références divines apparaissent : El Topo exprime sa foi et tel Moïse fait surgir l’eau dans le désert.

Cette quête spirituelle se lie aussi à la mythologie, El Topo doit vaincre les Quatre Maîtres du Désert pour atteindre la plénitude, plaire à sa Belle et devenir invincible…

Moïse devient Héraclès avec ses 4 travaux (au lieu de 12) même si on est plus proche de la version d’Astérix que de l’originale, vue la dégaine improbable de ses adversaires…

Alors qu’on pense avoir été au bout du délire après ces 4 défis, Jodorowsky nous emmène encore plus loin !

En effet, il est finalement trahi et tué mais parvient à dépasser la mort pour devenir un genre de « prophète » et défendre une communauté de pauvres infirmes rejetés.

Vous l’avez compris, on est loin d’un western à la John Ford ou mieux, à la Sergio Leone. C’est de l’expérimental… Même si certains plans font écho au Maître italien.

Cependant, pour peu que vous acceptiez le délire justement, que vous soyez prêt à abandonner toute logique avec, en prime, la certitude de croiser des personnages surréalistes, alors il se peut que, comme moi, vous ayez la surprise de vous laisser porter durant ces deux heures improbables et que vous soyez sensibles à la thématique de l’homme cherchant à dépasser sa simple condition mais aussi à dénoncer le rejet de la différence.

Jusqu’à un certain point quand même, car même si le voyage reste intéressant, on y expérimente l’ennui à de nombreuses reprises (les 2 heures en paraissent 3, honnêtement !). Il y a beaucoup d’errance, de nudité et même de sexe dans le sable (vive les années 70 !).

En conséquence, il se peut tout à fait que ce film ne produise rien d’autre que ce même ennui chez vous, ce n’est pas grave, c’est normal.

Je vous encourage simplement à tenter l’expérience, c’est sans danger et légal en plus !