Dans le cadre de la compétition longs métrages français, le FIFIB nous offrait hier l’occasion d’évoquer un sujet tabou : le non désir d’enfant.

Dans Énorme, son nouveau film projeté à l’UGC de Bordeaux), la réalisatrice Sophie Letourneur filme Claire (Marina Foïs) qui mène une carrière de pianiste internationale avec à ses côtés Frédéric (Jonathan Cohen), son mari et imprésario.

Le couple ne veut pas d’enfant car il lui paraît trop difficile de mener de front, vie de famille et vie professionnelle quand on voyage tout le temps.

Du moins, jusqu’à ce que Frédéric assiste à un accouchement dans l’avion qui les ramène d’un concert au Japon. Il se retrouve quelques secondes avec le nouveau-né dans les bras et il est bouleversé, comme le suggère joliment le plan sur son regard et l’absence de son.

Pour l’anecdote, la réalisatrice a confié que cette scène est inspirée d’une vraie mésaventure vécue par Philippe Douste-Blazy, l’homme politique et médecin !

Mais revenons au film : Frédéric veut donc devenir père. Avec Claire, bien sûr.

Problème : elle ne veut toujours pas d’enfant. Alors il va redoubler d’ingéniosité pour provoquer la grossesse de sa femme ! (remplacer sa pilule par une sucrette, multiplier les ébats avec elle).

À partir de là, le film aurait pu devenir très gênant (un homme fait quand même un enfant à sa compagne mais à son insu !), heureusement, le ton décalé et la puissance comique de Jonathan Cohen (quel talent cet acteur !) désamorce le malaise potentiel.

Evidemment, la grossesse arrive et le ventre de Claire devient énorme (d’où le titre).

Sophie Letourneur ne cache rien du déroulé et des galères de la grossesse, en particulier l’impression d’être « dépossédée » de son propre corps, à force d’être tout le temps auscultée par exemple ou bien le besoin de contrôle : Claire veut accoucher à une date précise pour pouvoir assurer un concert très important.

Certains contrechamps sont extraits de séquences documentaires que la cinéaste a tourné en amont du film, comme elle l’a expliqué après la projection.

Mais Claire n’est pas la seule à galérer ! Son mari vit une véritable grossesse nerveuse en parallèle, allant jusqu’à la remplacer dans les réunions prénatales avec d’autres futures mères !

On rit beaucoup et on se surprend à être « cueilli par l’émotion » dans le final, comme l’a très bien dit un spectateur présent.

C’est un vrai plaisir de voir deux comédiens de talent développer un telle alchimie à l’écran sans maquillage, ni lumières (projecteurs) qui plus est, et aussi développer des thématiques rarement explorées dans le cinéma français.

Cela faisait longtemps que l’on avait pas profité d’une comédie aussi soignée et travaillée.

Souhaitons qu’elle rencontre le succès qu’elle mérite à sa sortie le 1er avril prochain.

Bravo au FIFIB pour cette belle trouvaille qui me console largement de la déception de la veille.