On en sait plus sur l’édition 2019 du Festival International du Film d’Histoire (du 18 au 25 novembre), grâce à  la présentation à la presse qui s’est déroulée mardi dernier au cinéma Jean Eustache à Pessac.

Consacré cette année à l’Amérique Latine, le festival résonne particulièrement avec l’actualité au travers de son sous-titre (« Terres de feu ») comme le note, Alain Rousset, son président :

« Un peu moins d’un an après le choix du thème, on se trouve avec une actualité qui est, au sens propre, brûlante. Elle est brûlante sur le plan social, démocratique, partout d’ailleurs. Du Venezuela au Brésil, L’Argentine, le Chilli… ».

Il précise aussi que la ville de Pessac a une histoire particulière avec ce dernier pays. « Nous avons accueilli notamment dans le quartier de Saige [plus connu sous le nom de Saige Formanoir] beaucoup de Chiliens et de Chiliennes réfugiés [qui ont fuit la dictature du Général Pinochet] et si vous allez [dans ce même quartier], vous voyez une fresque (…) à la mémoire de la démocratie chilienne et des hommes et des femmes qui ont laissé leur vie ».

Évoquons maintenant les cinéastes et les films en lien direct avec la thématique de cette année.

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François Aymé présente les films liés à la thématique (photo : Frédérique Ballion).

Il y aura tout d’abord Patricio Guzmán, le réalisateur chilien exilé en France dont le prochain film, La Cordillère des songes, a été présenté ce même mardi soir (nous en reparlerons dans quelques jours).

François Aymé, directeur du cinéma Jean Eustache explique que le cinéaste « est un peu l’emblème du cinéma latino américain dans son rapport à l’Histoire puisqu’il a consacré toute son oeuvre pendant 40 ans sur les relations entre l’Histoire et le Cinéma (…).

Nous présenterons (…) son film consacré à Salvator Allende, à Pinochet, et puis un film plus rare, La bataille du Chili, en trois parties. Il y aura en tout 7 films de Patricio Guzmán ».

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Patricio Guzmán (photo : Allociné).

La réalisatrice Carmen Castillo, exilée elle aussi en France depuis le coup d’Etat, sera présente sur le festival,  trois de ses documentaires seront d’ailleurs présentés : Chili 1973.  Une Ambassade face au Coup d’Etat, (son tout dernier film présenté en avant-première), État de guerre, Nicaragua(1985) (co-réalisé avec Sylvie Blum), et La Flaca Alejandra (1994).

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Carmen Castillo (© Les Films d’Ici).

Au rayon des Grands Classiques, on pourra découvrir le cinéaste Glauber Rocha que François Aymé présente comme « le symbole, la grande figure du Cinema Novo brésilien de la fin des années 60 et des années 70″.

Trois de ses films seront projetés Le Dieu noir et le diable Blond (1963), Antonio Das Mortes (1969) et « un film un peu plus rare« , Terre en Transe (1967).

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Glauber Rocha (photo : Allociné).

Il y aura aussi un autre cinéaste brésilien, Carlos Diegues avec son film Xica da Silva (1976), portrait d’une esclave noire.

Citons également l’argentin Hugo Santiago avec son film Invasión (1969), scénarisé par l’écrivain Jorge Luis Borges.

La Bolivie sera représentée avec des films signés Jorge Sanjinés comme La Nation clandestine (1989) ou encore Le Courage du peuple (1971).

On pourra aussi revoir des Classiques plus connus tels que Los Olvidados (1950) de Luis Buñuel, Vera Cruz (1954) de Robert Aldrich avec Burt Lancaster, Carnets de Voyage (2004) de Walter Salles qui retrace la jeunesse du CheL’Histoire officielle (1985) de Luis Puenzo (sur les bébés disparus pendant la dictature argentine), Missing de Costa-Gavras et  surtout Aguirre, la colère de Dieu (1972) de Werner Herzog, découvert par Pierre-Henri Deleau (l’actuel délégué général du Festival), à la Quinzaine des réalisateurs.

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Klaus Kinski dans Aguirre, la colère de Dieu (1972) (© Madadayo Films).

Nous avions d’ailleurs eu la chance d’interviewer Monsieur Deleau, il y a trois ans, dans le cadre de notre article sur Max Linder.

Il est temps maintenant d’évoquer quelques films présents dans les différentes compétitions.

Tout d’abord, la compétition Fiction.

Le jury de professionnels sera présidé par Jean Labib, producteur et ancien vice-président du Festival.

Le jury étudiant sera, lui, chapeauté par le producteur Patrick Sobelman.

François Aymé précise bien que les compétitions « n’ont pas forcément de lien avec le thème principal, il s’agit de films d’Histoire qui viennent du monde entier » même si, exceptionnellement cette année, 5 films sélectionnés sont latino-américains.

Mais concentrons-nous sur les films non latino-américains.

Commençons par un gros plan sur Official Secrets de Gavin Hood avec Keira Knightley, un thriller politique inspirée d’une histoire vraie :

en 2003, Katharine Gun, une lanceuse d’alerte britannique, a divulgué à la presse des informations à propos des pressions exercées par les Etats-Unis sur d’autres pays dans le cadre du vote de la résolution sur la guerre en Irak à l’ONU.

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Keira Knightley dans Official Secrets (© Wild Bunch).

Signalons également The Perfect Candidate, un film saoudien de la réalisatrice Haifaa al-Mansour (une rareté ! peu de films sont tournés là-bas) qui relate la candidature d’une femme médecin aux municipales.

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The Perfect Candidate.

Toujours dans la thématique du portrait de femmes, il y aura Notre Dame du Nil qui se situe dans un pensionnat de jeunes filles en 1973 au Rwanda, on y ressent déjà les prémices terribles du  génocide de 1994…

Ce film est réalisé par l’écrivain Atiq Rahimi, lauréat du prix Goncourt en 2008 pour Syngué sabour. Pierre de patience.

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Notre-Dame du Nil (© Sophie Davin).

Le cinéma aime beaucoup aborder l’Histoire par le prisme du journalisme, on le voit au travers de deux exemples de la sélection :

Tout d’abord Sympathie pour le diable, un film québécois de Guillaume de Fontenay qui met en images le travail effectué par le journaliste Paul Marchand durant le siège de Sarajevo en 1992.

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Niels Schneider dans Sympathie pour le diable (© Shayne Laverdière Monkey Pack Films Gofilms).

Enfin, citons Mr. Jones d’Agnieszka Holland, un film anglo-polonais dans lequel James Norton (ex-star de la série britannique Grandchester) incarne un journaliste gallois qui a couvert la grande famine en Ukraine en 1932 et 1933, qui fit plusieurs millions de victimes…

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James Norton dans Mr. Jones (© Robert Palka / Film Produkcja).

Terminons cette présentation avec les compétitions « documentaires inédits » et « panorama » (qui récompense des documentaires diffusés à la télévision ou déjà sortis en salles).

Le Jury pour les « documentaires inédits » sera présidé par l’actrice et productrice Julie Gayet.

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Julie Gayet, présidente de jury au festival (photo : unifrance.org).

Son pendant lycéen le sera par le réalisateur François Caillat, récompensé l’année dernière.

Le Jury pour la compétition « Panorama » sera présidé par la journaliste et documentariste Manon Loizeau.

Qu’en est-il des films proprement dit ?

Pour les « inédits », il y aura par exemple Afganistan :  le tombeau de l’URSS de Nicolas Jallot qui retrace le conflit entre deux nations (pourtant alliées auparavant) qui précipita la chute du bloc soviétique.

Enfin, dans la catégorie « Panorama » c’est le documentaire Algérie. La guerre des appelés qui a retenu notre attention.

Ce film de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman nous offre le témoignage de jeunes Français qui ont intégré l’armée et vécu ce que l’on a trop longtemps désigné comme les « événements » d’Algérie…

Cette année encore, le Festival International du Film d’Histoire nous promet une semaine riche et passionnante !

Vivement le 18 novembre !