Si vous avez la chance de pouvoir vous rendre au cinéma Jean Eustache ce jeudi soir à 21 h 15, ne manquez Sympathie pour le diable, premier long métrage de Guillaume de Fontenay, un cinéaste canadien.

Son film n’est en aucun cas un biopic sur les Rolling Stones (genre à la mode en ce moment depuis le succès de Bohemian Rhapsody (2018)) mais une plongée incroyablement immersive et intense au cœur du siège de la ville de Sarajevo en 1992.

On suit, ou plutôt on accompagne littéralement, le journaliste Paul Marchand qui couvre les événements pour le compte de plusieurs radios francophones, aux côtés de ses collègues anglais ou américains.

On est avec lui dans sa voiture qui roule en trombe au milieu du chaos dans les rues désertes et détruites, à la merci du moindre tir ou de la moindre bombe…

Ces séquences nous prennent vraiment aux tripes, le danger est là, omniprésent, la mort peut surgir à chaque seconde sans prévenir…

Le vrombissement du moteur devient alors la métaphore de la nervosité mêlée à l’excitation et la peur d’être là. Car Paul le sait : tout bon journaliste se doit d’être présent où les choses se passent, pour informer et dénoncer l’horreur qu’il voit chaque jour se produire sous ses yeux…

Dénoncer sans relâche pour pousser la communauté internationale à intervenir via l’ONU.

Mais très vite, le reporter témoin laisse place à l’homme qui ne peut rester insensible à la souffrance endurée par ses semblables et leur porte secours en les transportant le plus vite possible à l’hôpital.

C’est tout le paradoxe du métier de journaliste, à la fois témoin et acteur des événements. Parfois même allant jusqu’à franchir la ligne jaune quand l’inaction des casques bleus devient trop insupportable…

Mais Paul Marchand défend surtout une vision claire dans son approche du métier : présenter des faits, parler des choses vécues par les gens, ne surtout pas se mettre en scène, ou tomber dans le sensationnalisme (la scène dans la salle du montage est éloquente à ce sujet).

Le film pousse vraiment le spectateur à réfléchir sur ce que doit être le journalisme au sens le plus noble du terme.

Il montre aussi que la vie (même nocturne) s’organise en dépit de la guerre et que l’amour peut surgir au milieu du pire, tel le plus beau pied de nez qui soit à la mort. Comme la petite lueur dans les ténèbres. Avant pourtant que le drame ne resurgisse silencieusement dans la chaleur du foyer…

Niels Schneider qui prête ses traits et son énergie à Paul Marchand est juste extraordinaire. Ella Rumpf et Vincent Rottiers qui complètent le casting sont aussi excellents dans un registre différent mais complémentaire.

On ressort du film ému et éreinté.

Le cinéma est sublime quand il parvient à nous saisir comme cela. Attention, chef d’oeuvre !