Cette semaine, Eric Lartigau, réalisateur de La Famille Bélier (2014), revient dans les salles avec un voyage entre le Pays Basque et la Corée du Sud.

Dans #Je suis là, Stéphane (Alain Chabat) est restaurateur. Divorcé et père de deux enfants, tout semble aller bien dans sa vie, il s’entend même très bien avec son ex-femme.

Cependant, on ressent comme un manque chez lui  : « C’est un personnage qui va bien apparemment (…).  Bizarrement et en même temps, il est pas complètement là (…), il s’allume à chaque fois qu’il a un message de Soo » comme l’explique très bien son interprète que nous avons eu la chance de rencontrer en compagnie du réalisateur et du comédien Ilian Bergala (qui joue le second fils de Stéphane).

En effet, notre héros est accro à Instagram et échange continuellement avec Soo (incarnée par l’actrice Doona Bae), une jeune sud-coréenne.

Son addiction à ce réseau social est d’ailleurs suggérée magnifiquement par le  plan d’ouverture où il poste une photo de son chêne préféré, debout en haut de ce même chêne, l’arbre apparaît alors comme une métaphore du gigantesque réseau Internet au travers des nombreuses ramifications de ses branches…

Ce point de départ brillant est à l’image de la réalisation extrêmement maîtrisée et réussie d’Eric Lartigau. On pense notamment  aux surimpressions de Soo qui apparaissent dans le cadre lorsque Stéphane lui écrit.

Evidemment, le restaurateur décide de partir sur un coup de tête en Corée pour la rencontrer, et évidemment, il l’attend à l’aéroport de Séoul, tout en courbes,  là encore, magnifiquement filmées par Lartigau.

Et c’est là que le film se gâte… et ne raconte plus rien !

Stéphane attend, fait des rencontres, attend, fait d’autres rencontres, attend toujours… La venue de Soo devient de plus en plus hypothétique mais Stéphane persiste… On se croirait dans un remake du Terminal (2004) de Steven Spielberg version Instagram…

Ce film est-il d’ailleurs une inspiration ?

« Forcément ça l’est, parce qu’à un moment Spielberg, c’est de toute façon une référence quoi qu’il  arrive (…) mais il n’y a que Spielberg qui peut faire son Terminal parce qu’en plus, c’est un décor, il appuyait sur des boutons, c’était dément ! Déjà vous passez à une autre dimension.

Là [avec #jesuislà] vous êtes avec des vrais gens, c’est totalement différent, l’approche est totalement différente, même si dans votre tête vous avez exactement les cadres, les déplacements qui va y avoir, à un moment il va falloir se trouver avec tout ce monde-là. C’était ça qui était aussi hyper intéressant à observer » nous confie le réalisateur.

Pour revenir au film, l’intrigue perd toute crédibilité dès l’arrivée à Séoul, heureusement que le talent et la fantaisie de Chabat est là pour tenir l’ensemble qui s’effondrerait sur lui-même sans lui…

Le reste de la distribution n’est pas franchement au niveau : Doona Bae n’est pas très à l’aise en français, Jules Sagot, qui joue le fils aîné, manque d’assurance mais la palme revient surtout à Blanche Gardin et son accent « marseillais » du Sud-Ouest insupportable…

Ajoutez à cela une grosse incohérence qu’on ne peut vous révéler sans divulgâcher, et ce long métrage reste très moyen, alourdi au final par une vision très négative et très convenue des réseaux sociaux…

C’est dommage parce qu’avec un peu plus de consistance, le film aurait pu être une jolie jolie variation sur une forme de « solitude 2.0 » et la possibilité de la dépasser par exemple.

La note d’Etats Critiques : 6/10