Après Mine de Rien, on poursuit cette grosse semaine de sorties avec Mes Jours de Gloire, le premier film d’Antoine de Bary.

Ce saut dans le grand bain (non, non rien à voir avec le film de Gilles Lellouche !) s’inspire fortement de son court-métrage L’Enfance d’un chef (2016), dans lequel Vincent Lacoste se voit proposer le rôle de Charles de Gaulle, jeune.

Ce court-métrage est disponible sur MyCanal jusqu’au 29 février.

Comment passe-t-on du court au long ?

« Ça a été une longue aventure ! Nous raconte le réalisateur Antoine de Bary, que nous avons eu le privilège de rencontrer avec Vincent Lacoste à Bordeaux. Et encore, j’ai eu de la chance, puisque c’est pas aller si lentement que ça, ça doit faire 4-5 ans.

Le point de départ du court-métrage c’est, à la base (…), de vouloir faire un docu-fiction sur des personnes qui avaient connu le succès hyper jeunes, une série de docu-fiction sur des enfants stars qui avaient un don naturel et, soudain, à cause de quelque chose, n’arrivaient plus à rien. Du coup, le premier [docu-fiction] c’était pour Vincent, c’était pour lui. 

En fouillant ça, en parallèle, je me suis retrouvé à habiter tout seul, ça m’a donné le contraste entre la vie d’un acteur qui a toujours connu le succès et le vertige de l’indépendance qui tout à coup lui fait perdre pied dans son travail, qu’il avait pourtant maîtrisé jusqu’ici (…). 

À partir de là, j’ai parlé de cette idée à Elias [Belkeddar, le scénariste] qui était assez enthousiaste.

J’ai commencé à écrire de mon côté et à faire des allers-retours avec lui (séquencier*, scénario et tout), moi c’était la première fois que je scénarisais vraiment un film jusqu’au bout. On est arrivés à une version que j’aimais beaucoup, que j’ai présentée à Vincent, particulièrement stressé, (…) [il] a accepté. 

Le court-métrage a été sélectionné à Cannes, à la semaine de la critique (…). On a eu prix : le prix Canal+ [qui a acheté le film], on a eu le prix des Cheminots Cinéphiles aussi, ça m’a donné confiance dans la perspective de faire un long-métrage, c’était mon but depuis toujours. 

Avec Elias, on a commencé à écrire, au début, on est partis sur une histoire qui n’avait rien à voir et, petit à petit, on s’est dit que [dans] le court-métrage, y’avait quelques éléments [sur le] personnage [comme] sa ressemblance avec De Gaulle [qui était] super (sic).

Donc, continuons là-dessus. On n’avait pas envie de l’abandonner. On a écrit pendant un an (…). J’ai renvoyé le scénario à Vincent qui a dit non ! [rires] ».  

On retrouve en effet dans le long-métrage, les séquences de répétitions pour le film sur Charles de Gaulle jeune, mais aussi son pote joué par Thomas Blumenthal.

Cependant, le long métrage est davantage centré sur le personnage de Vincent (rebaptisé Adrien) qui, après avoir connu un succès précoce sur les écrans enfant, est désormais plus spectateur de sa vie qu’autre autre chose…

Vincent Lacoste développe un jeu tout en ironie et en « je m’en foutisme » totalement jouissif ! On pense très fort au film The Big Lebowski (1998) des frères Coen comme on l’affirme avec force et conviction dans notre titre.

Que pense le cinéaste de cette comparaison ?

« Je suis honoré par cette comparaison, c’est un de mes films préférés ! J’adore le Dude ! Je suis extrêmement fan des Frères Coen et de ce film en particulier ».

Gagné !!!

Plus sérieusement, Adrien n’a plus vraiment de but… Mais alors pourquoi ne pas imaginer qu’il se lance sur Internet pour se (re)faire connaître ?

« C’est vrai qu’il aurait pu être Youtubeur » concède Antoine de Bary.

Mais Vincent Lacoste réfute cette idée : « Il est trop fainéant pour ça je pense, surtout.

Il ne sait vraiment rien faire du tout, il est incapable de faire quoi que ce soit, de se motiver pour faire d’autres choses. En soit, il aurait pu aller bosser dans un café ». 

C’est un jeune homme qui n’arrive pas à trouver sa place, l’opposé de De Gaulle, « l’homme puissant par excellence, le plus grand des Français, en tout cas dans l’imaginaire collectif, [qui se retrouve] face à Adrien l’impuissant généralisé » comme le définit très bien Vincent Lacoste. Cela crée un contraste amusant en effet.

Le pauvre Adrien n’est pas non plus aidé par ses parents, sa mère psy (Emmanuelle Devos, parfaite) est incapable d’avoir une discussion franche avec lui et son père (Christophe Lambert, surprenant et juste) est un homme fuyant qui préfère se réfugier dans son bureau plutôt que d’assumer la fin de son couple. Il a la « virilité humiliée » pour reprendre une formule du cinéaste.

Ces éléments témoignent du fait que le film n’est pas qu’une comédie et qu’il aborde des thèmes forts comme la solitude, la dépression avec beaucoup de finesse, sans tomber dans le pathos ou le ridicule.

De Bary voulait développer « une trajectoire de drame (…) saupoudrée de comédie ».

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est réussi ! Allez en confiance, découvrir ce premier film d’un jeune cinéaste, dont on attend déjà avec impatience le prochain projet !

Merci à Antoine de Bary et à Vincent Lacoste pour leur gentillesse et leur disponibilité. 

La note d’Etats Critiques : 9/10

*Document qui rassemble toutes les séquences d’un scénario à tourner (apprendre-le-cinema.fr).