Une fois n’est pas coutume, on va parler aujourd’hui cinéma à la demande, un secteur qui peut permettre à de nombreux films d’exister, quand la salle de cinéma n’est pas accessible, on a largement pu l’expérimenter ces derniers mois…

Il va permettre, en tout cas on l’espère, à un film étonnant d’exister : Blondie Maxwell ne perd jamais.

Blondie Maxwell (Léonie Langlart, dont c’est le premier rôle sur un long métrage) est détective privée en freelance. Complètement fauchée, elle traque le mystérieux Boloch, l’ennemi public numéro 1…

Parallèlement, elle enquête sur le meurtre d’une jeune femme moins simple qu’il n’y paraît…

On pourrait penser, d’après ce bref résumé, que nous sommes en présence d’un énième polar avec une enquêtrice sur la brèche, tout ça… Mais en fait, pas vraiment.

C’est surtout un film qui se place dans un futur pas si lointain où une grande multinationale du web (Chronos) prend subrepticement le contrôle de nos vies avec notre bénédiction plus où moins consciente (plutôt moins que plus d’ailleurs)…

Cette dimension futuriste apparaît par petites touches (portables transparents, écrans très présents), le générique aussi, très coloré, (à l’ambiance très « pop ») pose d’entrée très joliment le contexte dans lequel les personnages vont évoluer.

Le réalisateur Julien Ivanowich (qui joue également dans son film) prouve que l’on peut faire de la bonne SF sans forcément recourir au spectaculaire ou avoir de gros moyens.

Sa comédienne principale est à l’image de cela : son jeu « anti spectaculaire » confère paradoxalement beaucoup de force et de charisme à son personnage. Là encore, pas besoin d’en faire des tonnes, pour être crédible.

Léonie Langlart.

Le film exploite avec finesse une grande angoisse collective qui ne fera sans doute que grandir à l’avenir : la peur des algorithmes qui prennent de plus en plus d’importance dans notre quotidien, sans qu’on y trouve franchement à redire comme on le disait quelques lignes plus haut…

En poussant le curseur, le cinéaste nous pousse à réfléchir sur notre rapport au numérique, sur notre excès de confiance vis à vis de lui, qui peut nous enfermer dans un engrenage terrible… Jusqu’où cela peut-il aller ? Doit-on tout accepter sans rien faire ?

L’autre point fort du film, c’est la capacité d’Ivanowitch à bien filmer Bordeaux, la nuit. On sent tout le potentiel cinématographique de notre belle ville dont les magnifiques formes urbaines ressortent vraiment de belle manière.

Les jeux de lumières sont particulièrement bien exploités dans la séquence de la scène de crime et surtout celle de la foire aux plaisirs (qu’on entrevoit dans le teaser ci-dessous) avec un joli plan aérien, réalisé à l’aide d’un drone vraisemblablement.

En revanche, les plans en voiture gâchent un peu l’ambiance (ah la buée sur les pare-brises…)…

Heureusement, la scène dans laquelle Blondie échange par appel vidéo avec le juge Hardy (Stéphane Dufourcq) depuis sa voiture rattrape cette petite faute de pare-brise : en effet, son visage est simplement réhaussé par un liseré de lumière sur ses yeux qui parachève joliment le plan.

Les scènes de jour déçoivent un petit peu aussi : la lumière y apparaît un peu trop « crue » sur certains plans, ce qui atténue un peu l’immersion mais c’est le défaut du numérique d’avoir souvent un petit côté « trop net, trop propre ».

On reprochera aussi le manque de justesse et de naturel dans le jeu des comédiens qui transparaît par moments…

Enfin, au niveau de l’écriture, l’enquête autour du meurtre est un peu expédiée… Dommage.

Mais pour le reste : quel plaisir ! Malgré ces défauts, on ressent la passion, l’amour du cinéma dans chaque séquence !

Le film « a entièrement été tourné (…) par une équipe de passionnés un peu fous » nous dit-on sur le site du Studio Carnages qui a développé le film.

Mais oui ! Et c’est cela qui est génial ! Parce que c’est ça le cinéma : la créativité, le brin de folie…

Malheureusement, on l’oublie un peu trop dans notre beau pays obsédé par les comédies dépourvues de la moindre finesse ou encore les nombreux « films sociaux »bien souvent ennuyeux…

Bravo à Julien Ivanowich et à ses équipes de nous montrer qu’un autre monde est possible dans le cinéma français et que le manque d’argent n’est pas toujours une excuse valable, ni un frein à la création.

On attend avec impatience ses prochains projets !

La note d’Etats Critiques : 7/10

Un grand merci à Bruce Lalande (producteur chez Carnages) pour le contact, les infos sur le film et la confiance !

N’hésitez pas à louer ou acheter le film sur la VOD d’Orange ou chez Canal VOD.

Les photos du film sont extraites de la page dédiée au film sur le site de Carnages.