La cinéaste Anne Fontaine revient dans les salles un peu plus d’un an après le très ennuyeux Blanche comme neige (on en parle ici).

Mais cette fois avec Police, on quitte l’univers du conte pour une approche beaucoup plus réaliste du quotidien de trois membres des forces de l’ordre : Virginie (Virginie Efira), Aristide (Omar Sy) et Erik (Grégory Gadebois).

Le film s’inspire du roman éponyme d’Hugo Boris (disponible chez Pocket) : « c’est le producteur Jean-Louis Livi qui m’a fait lire le livre (…) », nous détaille la réalisatrice que nous avons eu la chance d’interviewer à Bordeaux.

Anne Fontaine (Unifrance).

« Puis j’ai rencontré l’auteur, j’ai vu qu’il était très documenté. Ça m’a touchée quand j’ai lu ce sujet, j’ai trouvé qu’il y avait une façon très personnelle et intime de rendre compte de cette histoire ».

Anne Fontaine choisit fort justement d’avoir recours aux gros plans pour retranscrire au mieux cette dimension intime du récit : « les gros plans c’est une façon de rester mystérieux sur ce qui se passe dans la tête des personnages et en même temps de penser avec eux.

C’est assez rare dans ce genre. Ce n’est pas un film policier au sens classique du terme (…), c’est une façon de naviguer dans leurs pensées, de se demander qu’est-ce qu’on ferait à leur place si on était dans cette situation ».

Ce choix de mise en scène implique de diriger les acteurs différemment, on est plus sur l’émotion…

« les non-dits, l’ambiguïté (…) » confirme Anne Fontaine. « Cela prouve bien que l’on peut exprimer des choses très fortes sans mots ».

Les plans sont soignés, « stylisés » pour reprendre son expression.

Elle donne toute sa pleine mesure à l’image, le langage premier du cinéma. Pour qualifier le rendu final qu’elle souhaitait, elle raconte avoir demandé en plaisantant à son chef opérateur Yves Angelo de faire un « peu Bergman chez les flics », Bergman étant « vraiment le metteur en scène des visages ».

Les nombreuses scènes sur route ont été filmées en studio : « la voiture est coupée en deux, cela permet de faire des plans que l’on ne peut pas faire d’habitude en voiture ».

Le résultat est juste passionnant à observer.

On ressent particulièrement ce soin apporté au cadre et au montage, dans une longue scène au cours de laquelle Virginie Efira et Omar Sy échangent des regards éloquents lors du trajet qui les fait reconduire un sans-papier à la frontière…

Ce personnage est magistralement interprété par Payman Moaadi, Anne Fontaine nous en dit plus sur lui :

« [C’est] déjà un acteur qui, à la base, est exceptionnel. Je l’ai vu dans un film iranien sans sous-titres et j’ai été complètement scotchée par son intensité. Il faut un acteur très très bon pour faire ça, c’est très difficile à faire ».

Et sur le tournage, « on structure la partition, c’est-à-dire qu’il sait que là, il va exprimer une souffrance, là il va être plutôt hostile, on crée un suspense parce qu’on ne sait pas comment le personnage va réagir au fur à mesure du trajet ».

« Comment on fait ? Il faut chercher à l’intérieur, c’est pas par l’extérieur. C’est un grand travail, il a adoré faire ça. Il ne comprenait pas le français et on ne lui parlait pas en anglais pour le laisser dans l’état du personnage ».

Payman Maadi (© Studiocanal GmbH / Thibault Grabherr).

Fontaine aime emmener ses acteurs sur de nouveaux terrains, Omar Sy a par exemple eu l’occasion dans ce film de développer un personnage à la fragilité dissimulée, tout à fait intéressant. Comment l’a-t-elle choisi ?

« J’ai rencontré Omar d’une manière un peu non programmée dans un hôtel où j’avais des amis qui tournaient. On s’est retrouvés à parler. Quand je l’ai observé (…), j’ai trouvé des expressions que je le voyais pas forcément faire au cinéma ».

© Studiocanal GmbH / Thibault Grabherr.

D’une manière générale, on s’attache très vite au trio grâce au choix de montrer chaque protagoniste, chacun à son tour, dans la même journée (parti pris différent du livre) : on découvre ainsi l’être humain derrière l’uniforme.

Ces trois personnages en souffrance ont leur propre vision du métier : Erik (Grégory Gadebois, parfait) ressort particulièrement.

Avec son attachement à respecter les consignes, il va très vite se retrouver en porte-à-faux vis-à-vis de ses deux collègues, les rapports humains qui se créent sont là encore, passionnants à observer.

Le film développe enfin une vision assez triste de la vie conjugale : Virginie n’est pas heureuse avec son compagnon et Erik est en conflit avec sa femme, « la vie de couple c’est l’horreur », nous confie la réalisatrice.

En revanche, elle récuse cette dimension triste qu’on a ressentie durant la projection : « c’est pas triste sur la vie de couple, c’est assez ordinaire ».

Seul petit reproche peut-être : le film prend par moments un peu trop son temps (même si cela se comprend dans l’optique de laisser de la latitude au spectateur pour lui faire ressentir l’état d’esprit des personnages), et il est possible que cela rebute certains d’entre vous.

Pour les autres, n’hésitez pas, allez-y !

La note d’Etats Critiques : 8/10

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