Le FIFIB s’est achevé lundi dernier mais on prolonge le plaisir du festival avec l’évocation de The Best is yet to come ( 不⽌不休 ou BU ZHI BU XIU en VO), que l’on pourrait traduire par « Le meilleur est encore à venir », présenté ce même lundi après-midi.

Il s’agit du premier film du cinéaste chinois Wang Jing.

Wang Jing (fifib.com).

Une fois n’est pas coutume, on y allait dans un dans un esprit de découverte totale, sans avoir rien lu ou visionné au préalable avant la projection.

On découvre donc un jeune homme, Han Dong (Bai-Ke), noyé dans la foule lors d’un Forum de l’Emploi à Pékin.

Il tente de mettre en avant ses qualités rédactionnelles (son rêve est de devenir journaliste) mais son parcours scolaire compliqué (il n’a pas fini le lycée) refroidit visiblement les recruteurs…

C’est la galère… La dèche… Le pauvre Han Dong est obligé de vivre avec sa compagne dans un logement collectif insalubre…

Ce point de départ couplé à l’image numérique qui fait la part part belle à la lumière naturelle (pour ne pas dire « crue »), nous font craindre le pire : voilà que pour son premier long métrage, le cinéaste Wang Jing choisit la fibre sociale pour nous montrer la précarité dans la capitale chinoise…

Thématique très classique dans le cinéma indépendant… On va donc s’ennuyer très classiquement…

Mais avant même qu’on finisse d’expulser nos premiers soupirs, le réalisateur change de braquet et nous propulse dans un récit d’enquêtes absolument passionnant.

Le brave Han Dong parvient à se faire embaucher comme stagiaire dans le grand journal de Pékin et se retrouve à enquêter sur un accident survenu dans une mine, aux côtés du journaliste d’investigation vedette de la rédaction, ce qui lui vaut d’être le premier stagiaire du journal à avoir les honneurs de la Une…

Il est désormais lancé et va s’embarquer un peu par hasard (en solo cette fois) dans une étrange affaire de trafic sanguin…

Dès lors, l’ambiance de lumière naturelle qui constituait un défaut au départ, se transforme maintenant en qualité, renforçant le réalisme.

On regarde avec plaisir le journalisme noble se déployer mais aussi se remettre en question : la quête de la vérité est difficile et a des conséquences…

Mais Jing parvient à sublimer la dimension journalistique de son récit, pour faire une très belle dénonciation de la discrimination en saluant le travail et l’éthique d’un homme, car oui, ce film est basé sur une histoire vraie : le genre qui vous redonne foi en l’humanité.

On aime également les deux petites touches de poésie qui offrent deux jolies respirations, même si la seconde donne quand même le sentiment que le cinéaste a un peu de mal à conclure son premier bébé.

La musique également (le piano en particulier) est trop présente, ce qui a tendance à souligner un peu trop la dimension émotionnelle du récit.

Mais, malgré tout, ce premier né est de très belle facture, sa sélection à la Mostra de Venise est méritée et le FIFIB a fait un très bon choix en l’ajoutant à sa programmation.

« Le meilleur est encore à venir » pour Wang Jing. Souhaitons-le en tout cas.

La note d’Etats Critiques : 7/10

Bande-annonce (sous-titres anglais traduits ci dessous) :

« Certaines choses sont difficiles à expliquer ou à clarifier »/ « En tant que reporters, on ne peut rien changer »/ « Notre devoir est de rapporter les faits précisément » / « Où avez-vous été diplômé ? » / « J’ai abandonné le lycée » / « J’avais beaucoup de rêves » / « Tous ont été balayés dans un flash » / « J’avais toujours peur » / « J’ai perdu mon temps » / « Est-ce que je parle français ? » (nous on dirait plutôt : « je parle chinois ou quoi ? ») / »J’ai porté ce fardeau toute seule » / »Ils prennent de l’argent en échange d’une nouvelle vie » / « Jeune homme » / « Rentre chez toi » / « Ça ne te concerne pas » / « Il y a une autre voie » / « Pourquoi devons-nous accepter une erreur ? » / « Ne pense pas que ces gens pitoyables ne peuvent pas faire de mal » / « après tout, peut-être que c’est nous qui sommes dans l’erreur » / « Il vaut mieux se surmener que disparaître » / « tout ce que se passe dans le monde nous concerne tant bien que mal ».